‹ Poésies complètesChapitre 57 sur 79 · GŒTHE · texte numérisé non relu

GŒTHE

Vierge aux pieds blancs posés sur l'éternelle cime, Jadis la fleur du hêtre embauma ton flanc pur, Reçois, toi qui guidas mes vaisseaux sur l'abîme, L'offrande d'ambroisie en des coupes d'azur!

Jadis j'ai vu briller plus que la chair des femmes Tes épaules d'argent sous nos soleils amers : Tu visites mon cœur, vierge, élevant des flammes Comme au creux de tes mains tu portas l'eau des mers !

C'est rheure de rosée et l'astre est sur la plaine : Entends les bûcherons chanter dans la forêt ! Tous les blés sont en fleurs ; mais mon âme est trop pleine : Une face du monde en tes traits m'apparaît.

Aux bois, l'astre triomphe : il fait fumer les sèves, Sois-moi l'ombre des lys, douce au cœur des bannis ; Toi dont le pas sonnait sur le sable des grèves ; Et qui portais des fleurs, des essaims et des nids!

Le feu gonfle le flanc des terres, et, sonore, Tressaille en jets de fleurs hors du rosier brûlant. Ne regrettes-tu pas les blancheurs de l'aurore ? — Sous les feuillages gît le troupeau somnolent. —

Sur le volcan cendreux une flamme s'élance, Le pâle coudrier près des laves grandit. L'ormeau mélancolique au zéphir se balance, Au loin la mer silencieuse resplendit!

Le feu ! voici le feu ! le grand soleil s'effondre. Les astres sur la mer montent et sur ses bords Un peuple de bergers lève, pour leur répondre, Des flambeaux rayonnants sur la cendre des morts.

LA SOUFFJ\ANCK DES EAUX

D'un laurier radieux j'illustrerai tes tempes : Vierge I ton cœur est doux comme un soleil levant. Lorsque l'aube d'été fera pâlir les lampes, Sur mon luth douloureux mets tes mains en rêvant.

0 toi ! dont le sourire alimente mon songe, Il est une montagne aux deux vallons secrets. — Dans les flots de la mer que le soleil se plonge Ou qu'en ses voiles blancs l'aube coure aux forêts.

Marchons vers la montagne où des flammes plus amples

Brûlent sur un parvis qui luit à ses sommets :

Je te constituerai la Vestale des temples,

Mes trépieds d'or vivant sont sculptés pour jamais !

CHANT POUR PROMÉTHEE

0 ma mère ! 0 mon culte ! Vous voyez que je souffre pour la justice ! ESCHYLE, Proméihée,

0 père des clartés, des arts et des présag-es ! Qui formas de doux sucs pour assoupir nos maux, Un mont noir et frappé du choc des mers sauvag'cs A nourri de ton san^: les vents et les oiseaux.

Toi qui vins à Lemnos ravir aux forges saintes, Pour animer tes blocs sculptés dans les limons, Des flammes que les vents de l'Olympe ont éteintes, Surgis : la lyre éclate aux sommets de tes monts !

LA SOUFFRANCE DES EÂUX

Sa voix d'Océanide a le frisson des ormes.

Ah ! pour ton cœur g^onflé le printemps fut trop peu :

Tu voulus devancer Tordre éternel des formes

Et pour mûrir les fruits tu pris la foudre au dieu.

Mais qu'aujourd'hui ton corps desséché sur les cimes Refleurisse; descends de tes monts, il est temps ! L'été brillant du monde a des moissons sublimes Et des vins dont la force enivre les Titans !

Ton vautour succomba sous les flèches d'Alcide.

Viens : le laurier fleurit, le ciel est sans courroux,

Les dieux moins grands que toi sont morts : l'Olympe est vide !

— Seuls, Bacchus pampré d'or et l'œil toujours humide,

Et Minerve aux yeux bleus t'attendent parmi nous !

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