PRIÈRE A VÉNUS
à M. Félix Fénéon.
Debout sous les colonnades d'un temple, sur le rivage, Mirzaël est si prodigieusement ému par la vie qu'il craint de défaillir. Alors il se tourne à demi vers les forêts et vers la mer. Il a vu Vénus
Si je devais mourir quand, ô déesse blanche, Luisent au fond des bois les flambeaux du printemps, Quand le beau fleuve d'or de tes cheveux s'épanche, 0 Vénus ! et ruisselle en tes bras éclatants ; Quand l'ardeur de ton sein fait refleurir les chênes, Quand ton œil pur lançant la foudre aux noirs rochers Embrase la semence aux sillons et les veines Des hommes, quand ta bouche aux lauriers desséchés
LA SOUFFRANCE DES EAUX
Ressouffle leur couleur, ravive les prairies Et verse sur les mers la tempête aux nochers ; Quand la colombe éclot près des roses fleuries, Quand le sein des fîg'uiers s'enfle d'un lait nouveau, Quand sur ses œufs d'azur, de pourpre et d'or, Toiseau Gémit vers tes autels^ ô déesse ! ô ma mère ! 0 ma future épouse et la sœur de mes vœux ! Si je devais du Styx boire la vague amère, Onde qui n'a d'été ni de printemps, je veux, Resplendissant poëte à qui souvent ta lèvre Parla, m'envelopper encor de tes cheveux !
Naples, avril 1897.