BERGERS ET CHASSEURS
Que la déesse m'enseig'ne Où vont mes jours hasardeux.
Puisqu'une blessure saig-ne Quand je me sépare d'eux.
Trêve aux guerres malfaisantes, Avec vos armes d'airain Sculptez des urnes luisantes Où dorme un vin souverain !
Homme errant et prompt aux chutes, Apprends les secrets des eaux ; Fais descendre sur tes flûtes Le langage des oiseaux !
Soumets à tes saintes règles Les musiques, les couleurs ;
DOUZE POÈMES
Orne d'or les ventres d'aigles, Les cerfs, de colliers de fleurs!
UN BERGER
Une bergeronnette a dérobé la laine Des brebis, pour bâtir, ô dieux, son nid léger : Hélas! moi qui parcours la montagne et la plaine. Qui, du poids de mon cœur, viendra me décharger?
LES ORÉADES
Sur les sommets glacés, fidèles Oréades, Nous veillons, ô mortels, et sur les pics de feu Notre épaule soutient Tazur des colonnades; Notre œil nourrit Téclat sans fin du dôme bleu.
UN CHASSEUR
Déesse, du sommet des Alpes gigantesques,
J'ai vu les rocs affreux dans leur stérilité.
Les villages debout, comme en d'horribles fresques,
Consumaient au soleil leur triste nudité.
J'ai, sur les noirs marais, détruit les tendres poules ;
La prunelle des cerfs m'hallucine et j'ai peur :
C'est leur sang profané, Koudoule, que tu roules,
Et n'ayant rien créé je briserai mon cœur.
LES OREADES
Hommes, montez vers nous !
Ecrasez-moi !
UN BERGER
0 vous, roches hautaines,
UN CHASSEUR
La terre est vide et le ciel creux !
0 Var! ainsi ma Muse, au bord de tes fontaines, Aime entendre chanter berg*ers, chasseurs et dieux.
DOUZE POÈMES 235