II
Cet enfant quelquefois me suit d'un pas joyeux Vers le bois où m'attend la lente rêverie, Sa figure est vermeille et la mienne amaigrie, Son front est rayonnant, le mien est soucieux ;
11 lutte avec l'oiseau de chansons et de jeux,
De ses Heurs au hasard dépouille la prairie.
Et se roule dans l'herbe et s'élance et s'écrie...
Moi. j'ai le deuil dans l'âme et des pleurs dans les yeux !
Ennuyé plus que las de ma stérile course,
Je me laisse tomber près de la claire source
Où dans mes jours heureux j'ai puisé bien des vers...
L'enfant au fond de l'eau se regarde, s'étonne,
El fourrageant les joncs dont les bords sont couverts,
Il s'en fait en riant une verte couronne.
Vous ne m'écrivez pas, il faut que je vous voie, Je pars... sous les vapeurs disparaît la cité, La lune brille en plein dans le ciel argenté, La plaine aux épis murs devant moi se déploie...
Tout est calme, riant, et la brise m'envoie Les plus tièdes parfums des belles nuits d'été, Mais mon cœur reste sombre et plein d anxiété, Rien n'y peut ramener le calme ni la joie ;
Des fantômes railleurs me suivent pas à pas, J entends de tristes voix qui murmurent tout bas Des paroles de mort, de parjure et de blâme...
A celte heure pourtant, les yeux sur le chemin, Peut-être sentez-vous s'éveiller dans votre àme Comme un pressentiment que je viendrai demain?.