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Je vais rester ainsi, seul, dans l'ombre, à ta porte, Jusqu'à ce que les toits commencent à blanchir ; Au bas de ces degrés que je ne peux franchir ; J'attendrai, s'il le faut, qu'enfin le maître sorte!
La tristesse m'accable et la rage m'emporte, Le vent glacé des nuits ne peut me rafraîchir, Sous des regrets jaloux je sens mon cœur fléchir, A mes pieds par instants je voudrais te voir morte !...
Ouj, j'aurais, je le crois, moins d'angoisse et de deuil \ pouvoir te veiller, froide au fond d'un cercueil, Y duc en te mettant une blanche couronne :
— Le trépas te dérobe à nos désirs charnels, Si tu n'es plus à moi tu n'es plus à personne Et Dieu te donne seul ses baisers paternels !...
Loin de vous, mon ami, je me crois seule au monde, Je n'ai plus d'intérêt aux choses d'ici-bas, Rien ne plaît à mes yeux, rien n attire mes pas, Ma voix ne trouve plus d'écho qui lui réponde ;
Près de vous, je ne sens qu'une joie inféconde,
J'ai honte à chaque instant, je rougis dans vos bras,
Car je livre un amour qui ne m'appartient pas,
Le remords dans mon cœur bientôt s éveille et gronde.
^ oilà ma vie !... avant de vous avoir connu, Le trouble jusqu'à moi n'était jamais venu, J'étais calme du moins si je n'étais heureuse...
Maintenant, mon repos est perdu sans retour. Le bonheur ne vient pas et l'abîme se creuse Car oublié par moi Dieu m'oublie à son tour !...
— J'ai parfois un remord d'être à ton avenir Un obstacle certain, d'enchaîner loin du monde Ta jeune ambition qui déjà si féconde Par ses œuvres plus tard doit se faire bénir ■
Du fond des jours passés je vois souvent venir Deux femmes qui pleurant dans une ombre profonde Me disent : son amour s'est enfui comme l'onde, A peine a-t-il de nous gardé le souvenir ! . . .
Alors je souffre moins, ô poète, je pense Que ton oubli serait aussi ma récompense, Je veux te dire adieu dans un dernier baiser...
Puis un soupçon jaloux s'éveille dans mon Ame... C'est qu'au lieu de me plaindre et prompt à m'accuser Tu m'oublierais trop vite aux pieds d'une autre femme !
— Lorsque de mes cheveux éparpillant les tresses
Tes amoureux baisers me font rire et frémir,
Que je ferme les yeux comme pour m'endormir
Et qu'entre tes deux bras sur ton cœur tu me presses.
Dans les plus doux moments de nos longues ivresses Tu vois couler mes pleurs et tu m'entends gémir El ma lèvre à la tienne est plus lente à s'unir Et je tombe soudain en de longues tristesses !
C'est qu'alors je me dis : il doit venir un jour Où Dieu me punira de ce coupable amour ; Je ne crains pas la mort, je brave l'anathème...
Aussi Dieu qui des cœurs connaît le moindre pli Saura pour se venger choisir l'homme que j'aime Et pour mon châtiment me donner ton oubli !
Et maintenant, adieu, mon ami. quittons-nous !
J'ai tâché ce matin d'être riante et belle,
Ma lèvre a vos désirs n'a pas été rebelle
Et j ai su vous donner mes baisers les plus doux !
Laissez-moi... de vos bras je tombe à vos genoux. Ne me retenez plus, le monde me rappelle, M;iis, croyez-le, mon cœur vous restera fidelle Malgré tous les devoirs qui m'exilent de vous !...
Lorsque de nos adieux l'heure fatale approche, Ni découragement, ni douleur, ni reproche. N'emportons de ce jour qu'un heureux souvenu-.
Pas de pleurs dans nos yeux où l'amour brille encore,
Gardons le vague espoir d'un meilleur avenir
Et que notre couchant soit beau comme une aurore !