‹ Poésies complètesChapitre 9 sur 61 · LXV1I · texte numérisé non relu

LXV1I

Vous pleurez quand le ciel a des rayons si beaux, Que l'été donne aux champs leur vivante peinture, Que Dieu parait sourire à toute créature, Que l'herbe est si touffue à l'ombre des berceaux,

Vous êtes triste, à l'heure où chantent les oiseaux, V I heure où tout s'anime et rit dans la nature, Où les nymphes des prés dénouant leur ceinture Se poursuivent pieds nus dans l'azur des ruisseaux !

\ lions, ne pleurez plus et ne sovez plus triste, C'est en vain qu à l'amour votre devoir résiste, De vous comme de moi l'amour sera vainqueur...

Laissez mon bras presser nos deux blanches épaules, Appuyez en marchant votre main sur mon cœur ht \cnez vous asseoir, la-bas, au pied des saules!...

Ne cache point tes pleurs, conte-moi tes chagrins, Dis-moi ce que ta vie a d'angoisses secrètes, Ce que dans le passé peut-être tu regrettes, Ce que dans l'avenir tu prévois et tu crains !

Les cieux ne peuvent pas être toujours sereins, Ils ont leurs jours de pluie et leurs jours de tempêtes, Les muscs à chanter ne sont pas toujours prêtes Et les oiseaux parfois ont des tristes refrains...

Epanche donc en moi tes larmes et tes peines, Puisque du même amour nos deux âmes sont pleines, Nous devons être ensemble ou sombres ou joyeux!

Ne crois pas me tromper en feignant de sourire, Car 1 humide rayon qui brille dans tes veux Révèle malgré loi ce que tu n'oses dire!...

Toujours je te vovais sourire à ma venue, A mes lèvres ton front s'offrait avec bonté, Tu venais en courant t asseoir à mon côté l.l «le ta chère voix chanter ma bienvenue...

Je disais : — Maintenant, son effroi diminue. Llle aspire au repos après avoir lutté, Le remords s'est enfui, l'amour seul est resté El la paix dans son cœur est enfin revenue ! —

Je me trompais î ce soir, tu n'as pu me cacher

Des pleurs que mes baisers voulaient en vain sécher,

L illusion s'éteint et l'avenir est sombre!...

Oli ! -i malgré l'amour tu dois encore souffrir,

Si le temps ne peut rien sur tes douleurs sans nombre.

Dès aujourd hui pour nous il vaudrait mieux mourir !

Tant (1 espérance hier! tant de trouble aujourd'hui!... Plus d'enivrants baisers, de sourires sans nombre, De regards amoureux qui rayonnent dans l'ombre, Le rêve du bonheur loin de nous s'est enfui !

Depuis que de mon bras vous faisant un appui

Je sillonne ces flots où notre barque sombre,

Je n'eus pas un jour pur sans un lendemain sombre.

Jamais deux beaux soleils sur notre amour n'ont lui !

Oh ! ce n'esl pas pour moi que je crains la souffrance,

Le souflle des méchants qui flétrit l'espérance,

Mais c'est pour vous: Marie!... et mon cœur impuissant

Ni- guérira jamais vos doutes, vos alarmes.

Vos chagrins; el pour nous si je versais mon sang,

Je h arrêterais pas la moindre de vos larmes!...

Nous oubliez pour moi la veuve et l'orpheline Le blessé qui gémit sur un lit de douleur, L'enfant que la misère a flétri dans sa fleur, L'aïeule dont le front vers le tombeau s'incline ;

Dans les caveaux malsains, sous les toits en ruine, Vous u allez plus porter, comme une bonne sœur, Les paroles d'espoir qui sont le pain du cœur. Ni pourvoir aux besoins que la pitié devine!...

Donnez plus que jamais! dérobez, chaque jour. I m' heure pour l'aumône à nos heures d'amour, \u\ vôtres maintenant j unirai mes offrandes...

Donnez aux malheureux et dites-leur à tous :

— Nos bienfaits sont petits mais nos fautes son! grandes,

Priez pour deux pécheurs qui souflrcnt plus (pie nous! —

0 bonne créature en qui rien n'est pervers, Toi qui tends au malheur une main empressée, Toi divinement belle ainsi que la pensée Qui du sombre néant fit jaillir l'univers,

Je t'aime! mais, hélas! je ne peux en ces vers

Te donner chastement le nom de fiancée.

Je ne peux au grand jour te tenir embrassée

Sans craindre les regards qui sur nous sont ouverts ;

Je ne peux, au milieu de quelque solitude.

De l'amour avec toi faire la douce étude

Xi t'oflrir la tendresse et les soins d'un époux...

Je ne pourrai jamais, ô certitude amère !

Voir aux longs soir d'été dormir sur tes genoux

Un fils qui te ressemble et m'appelle son père !...

Cachez-vous sur mon cœur!... le ciel s'est assombri, La foudre s'y déchaîne et l'éclair le sillonne, L'eau roule sur les monts que la chèvre abandonne, Le chêne est effeuillé, le lis est défleuri...

L'effroi de votre bouche arrache plus d'un cri, Le vent a dispersé votre blanche couronne, Vos yeux s'ouvrent à peine et votre corps frissonne Et dans mes bras en vain vous cherchez un abri...

L'orage est le plus fort!... ainsi, quand sur nos têtes

Le monde chaque jour amasse des tempêtes

Qui font trembler votre àme et fléchir vos genoux,

Je ne peux rien, malgré ma douleur et ma rage,

Que pleurer sur nous deux, que vous dire : — Aimons-nous !

L'amour seul de souffrir nous donne le courage! —

Salut, toit maternel, où je viens tous les ans Me reposer en paix au retour des voyages Et reprendre le joug des habitudes sages, Retrouver la famille et ses cœurs bienfaisants;

Je n'ai pas affronté la mer ni les brisants Traversé les déserts ni tenté les nuages, \i vu sur les grands monts se former les orages, Ni souffert à midi sous des fardeaux pesants;

Pourtant je suis bien las. non du corps mais de lame C'est elle qui revient, c'est elle qui réclame La fraîcheur, le repos et la tranquillité,

Car elle a parcouru de son aile imprudente

L empire de l'amour et de la volupté.

Cel enfer des \i\;ml> que n'a point chanté Daniel...

LXW

Dans la chère villa qu'habite ma famille,

Rien n'est changé, le toit rit aux mêmes rayons,

|j sous les épis verts s'éveillent les grillons

\ l'heure où les oiseaux dorment sous la charmille

Je revois les sentiers où le ver luisant brille Où l'alouette chante au-dessus des sillons, Où dans l'herbe un enfant poursuit les papillons Dont la troupe railleuse autour de lui fourmille;

Les liserons toujours se penchent sur les eaux, Le vent du même sonllle agite les rameaux, Pas un parfum ne manque «à celle solitude...

Mais dois-jc y retrouver la pureté des nnils. L'apaisement des sens, le calme de 1 étude, l.l cel amour divin qui chasse les ennuis?...

Oh ! combien j'ai perdu de mes belles journées En stériles soupirs jetés à tous les vents, En paresses d'esprit, en rêves décevants, Ces fleurs de l'espérance avant le soir fanées !

La paix et la pudeur de moi sont éloignées, Je marche comme un fou sur des sables mouvants, Et vers le sombre abîme où tombent les vivants Se liaient à grands pas mes plus jeunes années !

Allons ! brûle, corromps et déchire en lambeaux; Mes instincts les plus purs, mes désirs les plus beaux, 0 poison de l'amour si doux et si funeste !

Lorsque tu t'éteindras dans mon cœur ravagé, La mort viendra bien vite en dévorer le reste, Deux tombeaux s'ouvriront et Dieu sera vengé!...

0 musc, éloigne-toi ! tu ne trouverais pas De sons assez plaintifs pour ma douleur profonde, La voix des passions qui dans mon àme gronde Me rend sourd désormais au doux bruit de les pas ;

Je ne peux plus trouver le bonheur dans tes bras, Je n'ai plus de baisers pour te rendre féconde, Mais si j'échappe un jour aux embûches du monde, Alors, fille des Cieux, vers moi tu reviendras...

Et nous aurons encor de pures causeries,

Le matin dans les bois, le soir dans les prairies,

Du soleil sur nos fronts et sous nos pieds des fleurs.

Fuyant la volupté loin de mon cœur bannie, Je verrai succéder, plus calmes et meilleurs, Au\ désirs de l'amour les rêves du génie!...

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