LX
C est mon dernier baiser, l'heure du départ sonne El chacun de ses coups retentit dans mon cœur, Ne voyez plus en moi désormais qu'une sœur; J'obéis au devoir, que l'amour me pardonne !...
Toujours des [(leurs, toujours des remords ! J'empoisonne Tout ce que la jeunesse a pour vous de douceur, Je ne pourrai jamais vous donner le bonheur Car je ne peux, hélas ! le donner à personne !...
Vdieu donc ! laissez-moi reprendre mon fardeau. Sans moi Dieu vous réserve un avenir plus beau. La muse vous sourit, la gloire vous appelle ;
\\i'x des jours heureux et des jours triomphants, limez une autre femme et soyez aimé d elle Et venez quelquefois embrasser mes enfants !
Pauvre femme, ton cœur avait trop de faiblesse Pour porter cet amour et chancelle sous lui. L'épouvante t'a prise et tu veux aujourd'hui Rejeter loin de toi ce fardeau qui te blesse ;
Je ne t'accuse pas quand ta main me délaisse Et que de mon bonheur le dernier jour a lui, Fuis-moi, renonce à moi, réclame un autre appui. Retourne vers les biens que le monde te laisse...
Sois heureuse, je pars sans te revoir, adieu ! Si ma prière encor peut monter jusqu'à Dieu, Il te rendra bientôt la paix que j'ai troublée;
J'emporte eu mou exil une bien douce foi
Oui calmera souvenl mon àmc désolée.
C'est que du moins loubli n'est pas venu de moi !
La nuit, heureuse nuit d'éternel souvenir. Où brûlante il amour notre main s'est touchée Comme une fleur fragile à tout souffle penchée, .!<• vous ai confié mon douteux avenir ;
Cette fleur, tous les jours, aurait pu devenir Plus forte et plus brillante, en votre sein cachée. Mais contre mon espoir vous l'avez arrachée... Eh bien, je me résigne et n'ai qu'à vous bénir î
\ ma voix cependant la nature est muette, Je ne suis plus chrétien, je ne suis plus poète, Le découragement s'est emparé de moi :
.1»' ne sus que penser, que faire, comment vivre.
Et nulle fois par jour je doute avec effroi
S il faut attendit' ainsi que la mort me délivre !..