LXXXVIII
La lune blanche et calme à l'horizon se lève... 0 sommeil bienfaisant, sois propice à mes vœux ; Les morts de leur tombeau sortent quand tu le veux, Elle est morte pour moi, rends-la moi dans un rêve !
Rends-moi les dons si chers que le monde m'enlève, L'éclair de ses regards, l'odeur de ses cheveux. Les baisers, les serments et les muets aveux Qu'un sourire commence et qu'un baiser achève !
Et toi, sœur du sommeil, rêverie au front pur. Plus d'un beau souvenir rit dans tes yeux d'azur. Viens au réveil du corps endormir ma pensée ;
Tous deux et tour à toUr quittez pour moi le ciel Jusqu'à ce que ma vie entre vos bras bercée Arrive sans secousse au repos éternel !...
Ce furent d'heureux jours et trop vite écoulés Que ceux où votre cœur me prodiguait sans cesse Tous ses trésors d'amour, de beauté, de tendresse.., Les noirs pressentiments ne les ont point troublés !
Je ne regrettais pas les moments écoulés,
Je croyais voir en vous l'éternelle jeunesse
Qui court, chante et sourit, sans craindre la vieillesse
Dont les baisers sont froids et les regards voilés ;
Mais depuis qu'à l'exil vous condamnez ma vie,
A d'étranges terreurs mon âme est asservie ;
Loin de vous, je comprends que vous devez vieillir
L'image de la mort à mes yeux s'offre-t-elle, Le trouble me saisit, je sens mon front pâlir Et j'ai peur en songeant que vous êtes mortelle !.
XG
Vous le voulez, c'est bien, je renonce à vous voir. A sentir près de vous mon âme consolée, A vous ouvrir mes bras quand tremblante et voilée 'N ous accourez frapper à ma porte, le soir...
Plus de tendres regards si doux dans un œil noir, De longue chevelure à mon gré déroulée, De serments échangés dans la nuit étoilée, Plus de baisers furtifs, de bonheur ni d'espoir !
Lorsque dans ce désert votre main m'abandonne, A ous voulez un pardon : eh bien, je vous le donne, Je vous le donne a vous qui m avez tout donné !...
N'engagez pas du moins la menteuse promesse Oue d'un œil toujours calme et toujours résigné Je verrai sans amour se faner ma jeunesse !
XGI
Je n'aime plus ces jours de bien-être et de fête Qui mûrissent les fruits et dorent les moissons l n ciel d'azur m'ennuie et les plus doux rayons Sans réchauffer mon cœur descendent sur ma tctc ;
Mais il me faut des cieux où gronde la tempête, Des nuages roulés en épais tourbillons, Les lueurs de l'éclair et ses ardents sillons, Alors des noirs récifs j'escalade le faite !...
Je souffre, je sanglotte et je verse des pleurs, La nature parait comprendre mes douleurs, Et je crois l'univers complice de mon crime !
Au sein d'un ouragan mon amour est éclos,
Gomme les goélands je plane sur l'abime
Et comme eux j'ai mon nid qui vogue au gré des (lots !
La foi que le chrétien appelle à son secours, Par qui tout se complète et sur qui tout se fonde, Chaste regard de Dieu qui rend l'âme féconde, Soleil qui de la vie éclaire les détours ;
La famille, abri sûr contre les mauvais jours, Concert de douces voix, solitude profonde Qui nous fait oublier les fatigues du monde, Source pure où nos cœurs se retrempent toujours ;
L'amitié, tour à tour sérieuse et frivole, Dont le sourire égare et dont la voix console, Dont l'abord indulgent nous est toujours permis ;
J'avais tout délaissé, jadis, dans ma faiblesse, Tout trahi pour l'amour qui m'avait tout promis Et voilà qu'aujourd'hui cet amour me délaisse !