XC11I
Je m'éveille parfois clans la nuit, sans qu'un rêve
De mon âme troublée agite les replis,
Et cependant mes yeux de larmes sont remplis,
Mon cœur sous les soupirs comme un flot se soulève,
Et je m'écrie alors : — faut-il gémir sans trêve ? N'avoir plus de longs jours par l'amour embellis ? Faut-il voir à vingt ans mes désirs accomplis Et ne plus vivre avant que la mort ne m'enlève ?...
Faut-il que le présent, stérile pour moi seul,
De mes illusions devienne le linceul ?
Faut-il tout regretter à làge où tout s'espère ?...
Si mon cœur pour jamais doit demeurer fermé
Aux transports de l'époux comme au bonheur du père.
Que m'importe à ce prix d'être toujours aimé !
Dieu vous laisse à porter le fardeau le moins rude Et la faveur de Dieu ne me rend point jaloux Car si j'avais les droits d'un frère ou d'un époux Faire votre bonheur serait ma seule étude !
Vous gardez un enfant dans votre solitude, Il dort à vos côtés et rit sur vos genoux, Et, pour former ce nom que je trouvais si doux. Par un babil charmant sa jeune voix prélude ;
Dans vos nuits sans sommeil et vos plus tristes jours. Pour reposer vos yeux il vous reste toujours, Si vous versez des pleurs sa lèvre les essuie ;
Moi, je cours jusqu'au soir les grèves de la mer, Je n'ai d'autre horizon qu'un ciel chargé de pluie, Tout lit me semble dur, tout pain me semble amer !
La bleue et vaste mer s'étend sous ma fenêtre, Mais de telles beautés ne m'inspirent plus rien, La verve du poète et la foi du chrétien Devant l'œuvre de Dieu ne peuvent plus renaître !
L'ennui, l'horrible ennui, m etreint et me pénètre, Me rend crédule au mal et m'éloigne du bien, Contre lui je n'ai plus ni rempart ni soutien El c'est l'amour, hélas ! qui me l'a fait connaître !...
Soyez jeune, rêvez qu'un bel ange aux doux yeux Pour charmer votre cœur est descendu des cieux, Que sa bouche vous parle et que sa main vous touche,
Vous vous réveillerez tout à coup dans la nuit Et vous verrez groupés autour de votre couche Le paie isolement, la tristesse et l'ennui !...
lOO
XGYI
Voici les premiers froids et les tristes brouillards, Les feuilles vont tomber au souffle de l'automne, A son réveil déjà le poète s'étonne D'entendre moins chanter les oiseaux babillards ;
L'horizon sous la brume échappe à nos regards, Le soleil du matin est paie et monotone. Et, le soir, quand l'eau tombe et que le vent résonne, L'enfant se réfugie aux genoux des vieillards ;
Plus de rayons brillants ni de chaleurs fécondes, De chants au fond des bois, de reflets sur les ondes ; Adieu les papillons, les fruits, les épis d or !
( )li ! dans mon cœur, du moins, sous le vent le plus rude,
La fleur du souvenir s'épanouit encor
Et de ses chers parfums remplit ma solitude I...