AUX INVALIDES
Salut, Napoléon, tes vœux sont accomplis, Le drapeau tricolore ombrage de ses plis
Ta dépouille mortelle, Et l'aigle à qui tes mains ont donné tant de fois Pour hochet triomphal des couronnes de rois
Vient planer devant elle!...
Sire, tu reconnais la voix de tes canons... Ils donnent le signal à tes vieux compagnons
Qui redressent leurs grandes tailles Et montrent à nos yeux qui les ont admirés Leurs habits chamarrés de croix et déchirés
Par cinquante batailles ! . . .
\ toi le dernier chant qu'ils disent ici-bas
A loi leurs derniers pleurs, à toi leurs derniers pas,
A toi leur dernière pensée!
Demain ils seront morts, demain ils s'en iront De leur lèvre muette et de leur pâle front
Toucher là-haut ta main glacée.
Que fait en ce moment Paris, La ville sainte,
Glorieuse autrefois autant qu'elle lut crainte,
Rome de ce César et Sion de ce Dieu,
Toute vibrante encor de son dernier adieu.
Et qui vit arrachée à son île fatale
Sa dépouille franchir la porte triomphale :
Le Paris de brumaire et du couronnement,
Le Paris que juillet fit bondir un moment
El (|iii vint, acclamant d'immortelles batailles,
Saluer le soleil des grandes funérailles?
Que fait Paris enfin?... Son peuple abâtardi
S endort aux cabarets par l'ivresse alourdi;
Il courl les mauvais lieux, il vole, il assassine,
Il emplit de viols le bouge de 1 Oursine...
Quant au monde choisi, littéraire, brillant,
Qui donne de la gloire et du pain au talent,
Fréquente les salons, la Cour et le théâtre,
De chevaux, de chanteurs, de ballets idolâtre,
Beau monde auquel jamais le bon goût ne manqua
11 joue au lansquenet et danse la polka!...