‹ Poésies complètesChapitre 20 sur 61 · MONSIEUR BULOZ · texte numérisé non relu

MONSIEUR BULOZ

C'est un homme très mûr, à la figure ingrate, Fier comme un cabotin, sec comme un bureaucrate, Qu'on appointe aux Beaux-Arts pour porter l'habit noir Lt la cravate blanche insignes du pouvoir, Pour garder devant vous son chapeau sur la têle Pour être impertinent... moins eneor qu'il n'est bêle; Les ministres, dû goût et des lettres amis, \ <>nl rien trouvé de mieux que ce drôle et l'ont mis

\u\ portes (1 un théâtre où le damné Cerbère Pour les nouveaux venus rechignant cl sévère A force de sottise augmente son crédit...

Or, voilà ce qu'hier son altesse m'a dit:

— \ous avez fait, monsieur, une pièce impossible, Votre verve est féconde et part d'un cœur sensible, Mais vos créations manquent de vérité; Vous avez pour les vers quelque facilité, liais c'est insuffisant pour marcher sur les traces Des immortels auteurs de Phèdre ou des Horaces!... Nous ne comprenons rien à vos types abstraits, Ça ne fait pas d'argent, cherchez d'autres portraits, Laissez l'humanité pour nous peindre des hommes Et prenez vos tableaux dans le siècle où nous sommes Puis, ayez du talent ou bien n'en ayez pas, C'est tout un... Remuer comme il faut les deux bras, entrer, sortir, ôter son chapeau, le remettre, Parler politique, art, commerce, et se permettre De ces pointes d'esprit qui font valoir l'acteur, \<>ilà comme un héros séduit le spectateur, Voilà comme on obtient un succès formidable!... Eh! nous connaissons bien notre publie, que diable!

Jamais à nous siffler il ne s'est compromis, Il mange aveuglément quand le couvert est mis, Plus on l'ennuie et plus il trouve qu'on l'égaie, Mieux on le fait bailler chez nous, mieux il nous paie Mais assez de conseils, mon cher monsieur, salut... En somme, croyez-moi, vous êtes loin du but, \<>tie scène est livrée aux bétes dévorantes, Laissez-leur donc leur proie et vivez de vos rentes; Si vous n'en avez pas, alors mourez de faim, \ous pourrons dans un drame exploiter votre fin. —

Quand l'homme fut au bout de ces billevesées Je nie sentis au cœur d'effroyables nausées, Je sautai dans la rue et prompt à le quitter Contre tous les passants je courus me heurter VA les braves bourgeois coudovés sans vergogne Disaienl en maugréant: Peste soit de l'ivrogne!...

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