‹ Poésies complètesChapitre 2 sur 61 · IO · texte numérisé non relu

IO

J'ai fait un rêve impie et qui me trouble encore : \près avoir mille ans dormi dans le tombeau. Je m'éveillai, le ciel était limpide et beau, Devant moi se levait une éclatante aurore!

Bientôt, parmi les fleurs qui ne cessaient d'éclore, Je noms vis accourir : — La tombe est mi berceau. Me dites-vous, tu nais pour un monde nouveau, On ne craint plus ici le maître qu'on adore!...

— Sommes-nous donc au ciel où Dieu veut nous unir Dans un bonheur parfait qui ne doit plus finir, O Marie, à mes \eu\ dévoile ce mystère! —

Alors, pressant mon Iront sur vos lèvres de feu.

Vous m avez répondu : - Non! c'est toujours la terre.

Mais la terre plus jeune avec un autre Dieu!...

Nous sommes sur le bord d'un abîme profond. De la roche aux lianes durs sort le rosier fertile. L oiseau folâtre et joue à côté du reptile, La lumière avec l'ombre étrangement se fond;

Nous écoutons d'en haut tous les bruits qui s'\ font, Respirant les parfums que la fraîcheur distille: Parfois, nous voulons fuir... mais, ô lutte inutile. Le vertige nous pousse, il faut tomber au fond!...

Confie à mes deux bras ton beau corps qui s'incline,

.1 écarterai de toi la venimeuse épine

El le reptile immonde et l'angle des récifs,

\ iens chercher un asile au plus creux de ce gouffre,

Et là, dans notre amour recueillis et pensifs,

Nous oublierons ce monde où le plus heureux souffre!

Votre loi Ire est sévère, elle esl froide... cl pourtant,

Je la relis cent fois du soir jusqu à I aurore,

Je m'éveille la nuil pour la relire encore...

Si nous ne m'aimez plus, moi je vous aime tant!

Mon cœur ne peut de nous s'éloigner un instant Qu'il ne sente augmenter le l'eu qui le dévore. Car vous êtes un Dieu que j'aime et que j adore Même à l'heure où sur moi votre courroux s étend !

Ces lignes que déjà \\u>^ pleurs ont effacées Sont-elles tout à l'ail l'écho de nos pensées? Non! Je ne le crois pas et cet espoir m'est cher!...

()li! vous m aimez toujours, <■! demain soir, madame,

\ mis m offrirez encor votre Iront calme et lier

On mes baisers lont luire une amoureuse flamme!...

Donnez-moi votre main, c'est tout ce que je veux.. J'appelle fortunés les jours où je la serre, Jamais on n eut pour vous <1 amitié plus sincère El votre bonheur seul est le but de mes vœux...

Je vous embrasse au front et j attends vos aveux... Pourquoi rougir ainsi? C est le baiser d'un frère... De grâce, n ayez pas un regard trop sévère Si j oublie en parlant mes doigts dans vos cheveux

Livrez à mes baisers une bouche docile.

Marie, e! de mes bras faites-vous un asile,

Ne suis-je pas l'époux qu'eût choisi votre cœur?...

Je courbe le genou dans une extase étrange...

\<>us êtes une amie, une femme, une sii'iir.

El plus encor pour moi, vous êtes un bon ange!...

Je suis seul et j'attends! L'anxiété me ronge Enfermé dans ma chambre où je marche à grands pas L'heure fuit lentement, l'heure qui dans tes bras Est plus rapide à fuir que le plus heureux songe;

J'aime mieux pour l'attente un bois qui se prolonge En sentiers de verdure ombragés de hlas. En prés sillonnés d'eaux qui murmurent tout bas, En vagues profondeurs où l'œil Hotte et se plonge...

Là. le parfum des Heurs et le chant des oiseaux. Le doux frémissement de la brise et des eaux. Me rappellent les pas. la \oi\ ou ton haleine.

Mon cœur bat et bientôt je le vois accourir,

Je \ois sur les gazons (pie Ion pied courbe à peine Mille papillons nailre el mille Heurs s'ouvrir!...

\ nus voulez m'oublier et vous me trouvez lâche Peut-être, d'accourir trop souvent près de vous. De venir reposer mon Iront sur vos genoux. De vous dire à toute heure : aimez-moi sans relâche!

Je ne peux, quant à moi, vainement je le tâche. Oublier les serments faits hier, entre nous, Et votre voix si tendre et vos regards si doux. Enfin tout cet amour qui vous lasse et vous fâche î...

Vous voulez que je parte et je pars!... Mais, un jour

Si nous nie refusez le baiser d\i retour,

Si votre accueil est froid, votre parole amère,

Si vous n avez plus rien de ce qui m'a charmé... Oh ! je veux rendre alors tout mon cœur à ma mère Et croire que jamais \ons ne m avez aimé!...

Temps triste et nébuleux! que faire? Je m'ennuie! Prendre un livre? lequel? Je suis las de choisir... Rester au coin du feu. tout seul... le beau plaisir!'.. Me promener au loin? sous le vent et la pluie?...

Je sens brûler la main où ma tête s appuie,

Et, plein d'autres tourments qui me viennent saisir,

Mon pauvre cœur unit le remord au désir.

Mes pleurs coulent à Ilots sans que je les essuie!...

Allons, j'ai besoin d'air, j 'étouffe entre ces murs, Je sors, je livre au vent tous mes rêves impurs... Eaux du ciel, de mes pleurs renouvelez la source!..,

Je brave la tempête et ris de ses elVorts,

Et j espère trouver, fatigué de ma course.

Le sommeil de l'esprit dans le sommeil du corps.

Je souffre, mais par moi la souffrance est bénie ! Mon cœur vous trouve chers, o combats des amants, Soupçons, remords, désirs, mornes accablements Que précède la fièvre et que suit l'insomnie !

L'amour ressemble aux monts d'où la paix est bannie, Où 1 ouragan éclate en longs mugissements, Mais où s'ouvrent parfois quelques vallons charmants Dont rien ne peut troubler la paisible harmonie...

Le bien succède au mal! L'épouse aux flancs heureux Consent à mériter par des tourments affreux, Par la mort quelquefois, le bonheur d'être mère,

De rares voluptés sortent de ses douleurs.

Lu cillant va lui naître î... Elle est calme, elle est (ière.

Et \ide sans effroi son calice de pleurs!...

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