‹ Poésies complètesChapitre 21 sur 61 · A VERSAILLES · texte numérisé non relu

A VERSAILLES

Où te caches-tu donc, vieux Faune, Que je t'ai cherché si longtemps Au bord des bassins dont l'eau jaune Se ride au souflle du printemps ?

A travers les sombres fcuillées On devant moi le merle a fui, Le long des correctes allées D'où tombe un solennel ennui?...

J'ai bien rencontre sous les branches Et souriante en son sommeil Plus d'une Vénus dont les hanches Luisaient fièrement au soleil;

J'ai rencontré Mars, Amphytrite, Les neuf Muscs, plus Apollon, Des idylles de ïhéocrite Et des odes d'Anacréon;

J'ai vu des dieux de toute forme Et d'un aspect très séduisant,

Mais j'ai d'un bâillement énorme

Salué l'Olympe en passant;

J'ai même vu le gros Silène Se pendre aux grappes de raisin, Mais j'ai passé car son haleine Aujounl hui sentait Irop le vin...

Quoique j'aime assez d'ordinaire Ce dieu chancelant et barbu, \ I œil \ if, au front débonnaire, Je le hais quand il a trop bu!

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Pourquoi deviens-tu si sauvage, Faune?... me jouant quelque tour, Te serais-tu donc sous l'ombrage Enfui uV détour en détour?...

Quand Paris tombe sur Versailles, Par la frayeur souvent chassé \ fuir au milieu des broussailles Ton pied de chèvre s'est lassé;

Mais je ne suis point de ces drôles Qui vont, profanant ce château, Rayer tes robustes épaules Avec la pointe d'un couteau,

Je n'aime aucune Caroline,

Je ne m'appelle pas Arthur...

Ne crains donc rien pour ton échine,

Reviens, je suis un ami sur...

A mes vœux te voilà docile...

Bien... Mais laisse-là tes pipeaux, C'est assez d'avoir dans la ville Des musiciens par troupeaux!

Ça. mon compère, que je rie A force de te regarder, Par une bonne causerie J'ai besoin de me dérider!...

Le Perroquet au Rossignol Dit un jour : — Fier rival, de ton nid solitaire

Le hasard rapproche mon vol, Discutons tous les deux, c'est trop longtemps se taire

Au poète ainsi qu'à l'amant Tu plais par ton mérite, on te loue, on t'adore: Moi je lais le bonheur, quoique bien jeune encore,

Des vieilles femmes seulement...

Mais à mon tour enfin je veux qu'on me caresse

Et ma patience est à bout, Je parle mieux que loi car je parle sans cesse,

Je parle très haut et de tout; Politique, morale, art et philosophie, Il n'est pas de sujet où je ne le défie,

J'ai longtemps appris ma leçon.

Nature m'a donné bon bec et bonne serre Et je crève au besoin l'œil de mon adversaire

Pour lui prouver que j'ai raison ! . . . Avocat, au barreau brillant par ma faconde,

J'aurais plaidé sur tous les tons; Journaliste, j'aurais répandu sur le monde

Un déluge de feuilletons!...

11 ne me répond pas, il a peur, il enrage,

Il est jaloux de mon talent, Je l'écrase d'un mot! vantez donc son ramage,

Ce dédain n'est qu'un faux semblant, Il ne sait pas parler, boule au muet, qu'on ose

Me le préférer désormais !

Crions donc sur les toits que j'ai la bonne cause,

Dût-on ne me croire jamais! —

Le Perroquet bavard retourna dans sa cage

Sur son triste bâton perché, Le Rossignol resta sous son épais feuillage,

Toujours muet, toujours caché; Mais dès que vint la nuit, sa voix mélodieuse

Eclala soudain dans les airs.

La rose s'entrouvrit, l'étoile radieuse

Frémit à ses divins concerts; Un Poète tenant son Idole embrassée Ecoutait seul ce chant qui remplissait leurs cœurs

Tandis qu'une fraîche rosée

Perlait à la tige des fleurs!...

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