PAYSAGE BEAUCERON
0 plaines sévères!
Chaumes et bruyères, Buissons rabougris, Sur l'horizon terne D'un champ de luzerne Les grands clochers gris!
Au vent dans l'espace l n vanneau qui passe
Mêle un cri plaintif
Et mon chien fidèle Au moindre bruit d'aile Se dresse attentif. ..
Un nuage d'ombre Sur la foret sombre Glisse chargé d'eau Et craignant la pluie Je me réfugie Sous un A'ieux bouleau.
Arbre frêle et pâle Qui par la rafale Est toujours meurtri; Des plaines désertes Quelques feuilles vertes Sont le seul abri!
Fermant les paupières, Des heures entières J'y reste couché Et l'arbre dégoutte Longtemps goutte à goutte Sur mon front penché...
Le charme sauvage De ce paysage M'enivre le cœur...
La Mélancolie Grave et recueillie \ ient comme une sœur,
Une sœur aînée
D'ache couronnée,
Me parler tout bas
Et la pâle femme
Emporte mon âme
Dans ses maigres bras ! . . .
Monde fantastique!
Royaume féerique Où se tient sa cour!
Chants et pleurs! mélanges De démons et d'anges, De nuit et de jour!
Heureux sous la tombe L'être qui succombe
Si Dieu lui fait voir De telles merveilles Dans ces longues veilles Qu'on dit sans espoir!...
0 plaines sévères, Vous m'êtes bien chères !
Pensers infinis De la solitude, Calme, rêve, étude, Soyez tous bénis ! . . .
Chez nous, ô bonheur!
Une fille encore Vient comme une ileur Déclore!
Fraîcheur, pureté
De La jeune plante Et fragilité Charmante !
Sa lèvre de miel Est bien une rose Qu'un ange du ciel Arrose !
Sur l'enfant qui dort, Mère, sous ta garde, Glisse un rayon d'or...
Regarde î
Espérons tous deux.
Quoiqu elle soit frêle, Que Dieu veille aux cieux Sur elle ! . . .
Il est un saint nom Qui charme et protège :
Moins fraîche au vallon La neige,
Moins doux le rayon Que jette l'étoile, Moins pur l'horizon Sans voile !
La Vierge défend Celui qui la prie!
Nommons notre enfant MARIE!...