‹ Poésies complètesChapitre 4 sur 61 · II · texte numérisé non relu

II

Cachez-vous dans mon soin, pauvres roses fanées Qu'au bord des Ilots Marie effeuillait en rêvant, Douces lettres d'amour que j'ouvre si souvent, Tresses de cheveux bruns que sa main m a données

Loin d'elle, ainsi que moi. vous êtes entraînées !... Si j'échappe à la foudre, à l'avalanche, au vent, \n\ vagues de la mer en courroux se levant. Près d'elle, ainsi que moi, vous serez ramenées !...

Mais si le venl me luise aux angles d'un écueil,

Si volcans OU glaciers deviennent mon cercueil.

Si la mer m'engloutit au fond de ses abîmes,

Vous aurez même sort !... ensemble. ô mes secrets, Nous dormirons parmi tant d étranges victimes

Qu on ne peu! découvrir dans leurs tombeaux discrets !

Il est un vert séjour sur le Lord de la Seine Où le martin-pêcheur vole au-dessus des eaux, Le soleil y répand ses rayons les plus beaux, La brise y berce tout de sa plus douce baleine :

On prendrait les îlots dont la rivière est pleine Pour des bouquets de Heurs et des nids de roseaux. Du sxelte peuplier frémissent les rameaux Près du saule incliné sur la vague sereine ;

Mais ce qui m a ravi, ce n'est point la beauté

\)r< arbres et des Ilots, le soleil de lété.

Le parfum de la brise ou du rosier sauvage...

Non ! c'est le souvenir toujours frais, toujours pur.

Que vous aviez enfant joué sur ce rivage

Et miré bien des fois vos yeux dans cet azur !

Venez sous la foret, ô mes rêves fidèles. Ne craignez point le veut qui L'agite avec bruit ^i les derniers brouillards de l'hiver qui s enfuit Et croyez au printemps comme les hirondelles !

Ton- ces faibles oiseaux o ('-lèvent point leurs ailes Vu-dessus des gazons, quand l'instinct les conduit \ci«- lc< ravins discrets où le soleil reluit Sur l'herbe la plus verte et le< fleurs les plus belles.

Rasez le sol comme eux... au pied de ce rocher Qui nous offre un abri nous irons nous cacher; Là, le buisson frémit, beau coule, l'oiseau ehanle :

Là, vous me parlerez (belle et de son amour. De ce qui me désole el de ce qui m'enchante, Des larmes du départ, des baisers du retour!...

Les rayons du soleil, astre au divin sourire. Les rochers dont la vigne a percé le granit, Les antiques forêts que l'été rajeunit, Passent devant mes yeux tant que je les admire;

Le front dans mes deux mains, sur le pont du navire. Je songe aux cœurs heureux que la mort désunit, A l'amour qui commence, au repos qui finit, Et, regardant le flot qui coule et qui soupire

Je !•' plains et lui dis : — tu deviendras amer. Le courant malgré toi l emporte vers la mer, Loin (1rs vallons llcuris que ce fleuve féconde ;

Comme loi, pauvre Ilot, sans espoir de retour, .le me vois entraîné vers un abîme où gronde Cet orage éternel qui se nomme l'amour !

Paresse des beaux jours, je t aime ! que m importe Si dans aucun sillon je ne fais rien germer, Si j'ai plus de bonheur à cueillir qu à semer, Si du poète en moi I ambition est morte?

Je me livre en aveugle au rêve qui m emporte, Je mus heureux de voir, de jouir et d aimer : Dans une langue humaine à quoi bon exprimer Les divers sentiments que le printemps m apporte P.

Maître du monde entier, de l'Océan, des cieux.

Mon cœur dans ses plaisirs reste silencieux

Et ma plume inutile en mes mains s'est brisée :

Pour éveiller I écho, pour répondre aux zéphyrs

\'A pour fêter les fleurs dont je bois la rosée

Je n ai plus de chansons, je n'ai que des soupirs !..

Montagnes dont le pic disparait dans la brume, Villages espacés sur le flanc des coteaux, Fleuves au flot paisible on glissent les bateaux Dont la voile blanchit comme un flocon d'écume ;

Bois on brillent, le soir, les feux qu'un pâtre allume Nuages suspendus au Iront des vieux châteaux, Temples dont le soleil dore les chapiteaux. Cratère des cités qui de loin gronde et fume ;

Toul passe devant moi sans attirer mes yeux El rien ne l'ait vibrer mon cœur silencieux Et je reste insensible à toutes ces merveilles...

(. est que je ne \<>is point au boni de I horizon, Dn milieu des lauriers, des lilas et des treilles, S'épanouir le toil de sa blanche maison !...

La nuil vient, le soleil se plonge dans la mer. Partout chantent les chœurs dont les barques sont pleines. Et dans l'air tiède encor bourdonnent les phalènes ; L'ombre voile à demi l'azur du golfe amer :

La ville où je n'ai pas d'être qui me soit cher

Ci ronde au loin et vomit ses fétides haleines : C'est le volcan au bout des plus heureuses plaines, C'est aux portes du ciel le gouffre de l'enfer!...

As^is sur le rocher le plus désert des grèves, Vers l'horizon ardent je laisse aller mes rêve-. IV- \ aimes a mes pieds j écoute le doux bruit :

,1 évoque autour de moi. dans une paix profonde. Mes souvenirs d amour... il est tout à fait nuit El le soleil enfin a disparu sous l'onde...

Cette villa, pareille au nid cl mie colombe,

Attire le regard qui s y porte en rêvant :

Lu massif d'orangers la voile par devant.

I ne eau claire à ses pieds en cascades retombe ;

Elle s'appuie au flanc cl un rocher qui surplombe El ce même rocher qui l'abrita souveni Contre les bancs de neige et la fondre et le vent, Peut crouler tout d'un coup et devenir sa tombe !

Oh ! je voudrais trouver dans les bras de l'amour

1 ne pareille mort en un pareil séjour.

1 ne mort sans effroi, sans pleurs, sans agonie...

Ne pas avoir le temps des regrets soucieux, Perdre tout à la fois, jeunesse, espoir, génie. Et le bonheur de l'àme et le plaisir des yeux !...

XXXVÏII

Est-ce ton œil qui luit sous ce voile, Marie ?

<! est un astre d'azur sous un nuage blanc...

De loin, qui me fait signe? Est-ce ton doigt tremblant?

(', est un lis au milieu de la verte prairie...

Qui parle sous ce bois? est-ce ta \<»i\ chérie? C est un petit oiseau qui chante en s'envolant. \ ai-je pas entendu ton pas craintif et lent? C'est un ruisseau perdu parmi I herbe fleurie.,

Pardonne ! où mon esprit s était-il égaré ? Rien n est digne ici-bas de t être comparé. Car la beauté n a point de rivale en ce monde.

L'étoile et son éclat, le li^ et sa fraîcheur,

\^ «liant «In rossignol el le doux bruit de Tonde,

IN ont rien que tes attraits n'effacent, ô ma sœur !

— (iô —

La foule loin de moi s est enfin dispersée.

Li ss flambeaux importuns ne blessent plus mes \ ru \

Je nai plus à tromper les regards curieux.

Et je peux rester seul, seul avec ma pensée !

Des soucis et des maux 1 heure est enfin passée Et l'ange de la nuit vient de quitter les cieux Pour répandre sur nous les rêves gracieux En même temps qu'aux llcurs il verse la rosée !...

Mille et nulle parfums s'évaporent dans l'air ;

Sous l'ardent horizon un fugitif éclair

Me laisse voir parfois le fronton du vieux temple :

I ne Vénus de marbre au milieu des cyprès Attire mon regard qui de loin la contemple Et tous ses traits divins me rappellent nos traits !...

Nous sommes séparés par un chaos immense De cités, de déserts, de sommets nuageux, Le mont succède au fleuve et le marais fangeux A la plaine où mûrit l'abondante semence :

Les grands bois tourmentés par le vent sans clémence Prolongent des bosquets pleins de chants et de jeux, L'horizon tour à tour est pur ou nuageux. Puis la terre finit et 1 Océan commence,

La mer est entre nous !... et pointant, je vous vois,

J aspire votre haleine et j'entends votre voix,

Au fond de votre cœur mon œil ardent pénètre...

Oui, vous êtes ce soir où vous serez demain, Toujours pâle et rêveuse, auprès de la fenêtre. Mon souvenir dans lame et mon livre à la main !...

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