PREMIER JANVIER
Le Jour de l'An, notre gTand'mère...
Ali I que ce temps est loin de non-!.
Après une courte prière
De jouets couvrait nos genoux. . .
Et vers ce printemps de la vie
Mon .une s'envole, ravie
Par un souvenir triste et <lmi\!
Aoilà, ce jour de grande fête,
Comment la chose se passait :
Dès le matin, notre toilette
Était achevée, on lissait
Nos longs cheveux parfumés d'ambre
Et puis nous montions dans la chambre
Auprès du grand feu qui luisait...
La chambre qu'habitait grand" mère
Etait vaste, avec des lambris
El des meubles d'un goût sévère
Dont le feu dorait les tons gris; Flambeaux d argent, rideaux de moire, Et dans 1 alcôve un Christ d ivoire Penchant ses beaux traits amaigris!
Et cela sentait bon chez elle, Bonne vieille aux quatre-vingts ans, On aurait dit une chapelle Qui conserve une odeur d'encens...
Et puis, ce jour-là, les narines Plairaient le parfum des pralines Dans les cornets appétissants...
— Bonjour, grand mère, et bonne mince
— Mes enfants, bonne année aussi...
T cncz donc à la cheminée.
Voyez comme ils ont l'air transi, On les lève de trop bonne heure...
Et c'était charmant î et je pleure En me rappelant tout ainsi!...
Moi que la guerre sacrilège
A séparé des miens, hélas!
Aujourd'hui, par un temps de neige,
Seul, errant, je vais pas à pas...
A l'horizon le combat tonne
Et dans un brasier qu il sillonne
L'obus éclate avec fracas!
Incendie, et guerre, et carnage!
Le jour de fétc est jour de deuil!
Mais ce qui console ma rage C'est l'espoir né d'un juste orgueil Que de sa féroce ennemie Le sol sacré de ma patrie Deviendra l'immense cercueil...
Que bientôt ce Dieu des armées, Qu'invoquent Guillaume et consorts.
Des hordes par nous décimées Aura brisé les vains efforts, Et que succombant sous l'épreuve.
L Ulemagne orpheline et veuve Par monceaux pleurera ses morts!
Sois maudite, Allemagne immonde, Race despions et de bourreaux, Fléau déchaîné sur le monde Par Bismark le sanglant héros!
L'une de tes mains tue et vole, L'autre incendie ! et le pétrole Met une sinistre auréole Aux exploits de tes généraux!
Sovez maudits, peuples infâmes Dont l'heure doit aussi venir!
Dans vos enfants et dans vos femmes Sovez maudits! le souvenir
Do ces deuils et de ecs ruines.
\ ivace au fond de nos poitrines.
Prépare les races latines Aux revanches de l'avenir!...
Croyez-vous doue, hordes sauvages, Qu on peut en pleine impunité Promener de pareils ravages Sur un pays ensanglanté, Puis qu'on rentre dans ses tanières, Qu on redevient des peuples frères.
Et qu'une paix donne à ces guerres L'oubli comme l'impunité?...
Oui (lier? pardonner? la France Avec rage a répondu: non!
Et s'il faut qu'à bout d'espérance Au pied de son dernier canon, De force et de sang ('puisée, Elle tombe à la fin brisée Et voie un moment éclipsée L antique splendeur de son nom;
S'il faut que sa perle s'achève, Que tout suecombe fors l'honneur, Ne compte que sur une trêve ! . . .
N'attends pas, arroganl vainqueur, Une paix qui réconcilie, Car grande serait ta folie Si tu pouvais croire affaiblie La haine qui nous bat au cœur!...
Ce jour-là, la France ma mère, Indomptable dans son orgueil, Arborerait à la frontière Un drapeau unir, signe de deuil.
Disant: Son contact est funeste!
Qu'en son autre ce peuple reste!
El de même qu'en temps de peste, Mort a qui franchirait mon seuil !..
Plus rien de commun, Allemagne, Entre mes enfants et les tiens !
Par ton grotesque Charlemagne Laisse-toi charger de liens
Et cultive pour lui la vigne...
Mais malgré la paix que je signe Passe au large, tu n'es plus cligne De coudoyer nos citoyens ! . . .
Au large! et que mon anathème Pèse sur toi, fille d'enfer, Jusqu'au jour où j'irai moi-même, Avec la flamme, avec le fer, Déchirer aussi tes entrailles, Et par de justes représailles Te rendre, insolente qui railles, Tout ce que par toi j'ai souffert ! . . .