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SURSIS

A Léon Duvauchel.

Quand me résignerai-je à regarder la vie De loin, comme une scène 011 mon rôle est fini ? Planches d'où l'insuccès et l'âge m'ont banni, Adieu ! place à tes sœurs, muse que j'ai servie !

Attendrai-je, écoutant ma fièvre inassouvie De vieux tragédien dont le masque est jauni. Que le gaz soit éteint et le décor terni, Que la salle se vide 011 la foule est ravie ?

N'est-ce donc pas assez que par grâce, ce soir, Parmi les spectateurs je puisse encor m'asseoir. Moi qu'une autre coupole appelle entre ses hôtes ?

(Coupole sans lumière, ô voûte du tombeau !) Mais puisqu'il m'est permis de voir le jeu nouveau, Que j'en profite, au moins, pour connaître mes fautes

FINIS VITiE 277

FINIS VITiE

A André Rivoire.

Ai-je donc trop vécu, qu'au poids du souvenir Ma tête dans mes mains si lourdement retombe, Et qu'à deux pas de moi j'aperçoive la tombe En sa fraîcheur lugubre avide de s'emplir ?

Ai-je donc trop vécu, que j'ai vu tant de choses, Tant de berceaux, déjà devenus des cercueils, Et que je ne sais plus le compte de mes deuils, Et qu'un secret ancien pèse à mes lèvres closes ?

Troupe déjà nombreuse, ô vous tous que j'aimais, 0 morts, dont chaque soir quelques-uns me font signe. Est-il temps que mon cœur au repos se résigne, S'il bat en ma poitrine aussi fort que jamais ?

Quel rêve que la vie ! et dans son ciel d'orage De quel bref et pourtant inoubliable éclair Le sillonne l'amour qui nous luisait hier. Et dont le jour éteint me laisse sans courage !

Et la tombe répond : « Quel que soit le désir Qui charrie un dernier idéal en tes veines, Devant ma nuit, renonce aux espérances vaines Et sens la main des morts familiers te saisir. »

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