LE JARDIN
A Théodore de Banville.
Dans le jardin d'Amour où je me sens mourir, Les fruits n'ont eu pour moi que des saveurs amères Eh bien ! je vous bénis, ô Dragons ! ô Chimères ! Qui, du seuil aperçus, m'avez tenté d'ouvrir.
Ce matin, dans mon corps, le poison bu s'allume ; Mais la verdure est douce, et j'ai trouvé des fleurs Peintes diversement de si nobles couleurs. Qu'en extase à les voir j'oubliais l'amertume.
Et ces fleurs n'étaient rien que Beautés et Vertus, Que le parfait Honneur et la Grâce parfaite De la Dame par qui ce jardin tout en fête Exhale vers le ciel ses parfums assidus.
Comme elle sait la loi des mystiques échanges^ Elle compte à bien peu tous les baisers humains Et garde en souriant mon cœur dans ses deux mains, Pour le prendre à la terre et le donner aux anges.