A LA MUSE FRANÇAISE
A G. Audiat.
Sage qui brise à temps ses idoles I Heureux Qui, dans la force encor de ses belles années, Laisse, remontant seul le cours des destinées, Ses compagnons d'erreur se disputer entre eux !
Muse des anciens jours aux tempes couronnées Du lierre élégiaque ou du laurier poudreux, D'innombrables chansons sur tes lèvres sont nées Dignes des plus vaillants et des plus amoureux.
Jadis j'ai pris pour toi l'image aux traits barbares, De fins tissus couverte avec des bijoux rares, Sans âme dans les yeux et sans cœur sous le sein ;
Mais toi, dont la beauté d'elle-même rayonne, Puisque loyalement j'ai changé mon dessein, Daigne sur moi jeter un regard qui pardonne.
GALLIGA.
Rends-moi les vers émus et la plainte attendrie Qui, le soir, sous les bois fait pleurer les amants, L'Espérance qui chante avec la Foi qui prie Aux autels -constellés de nos vieux monuments.
Fais ma voix plus vibrante et moins endolorie Pour vaincre les retards de nos cieux étouffants,. Pour dire tous les maux dont saigna la patrie, Et le rêve obstiné de ses derniers enfants !
Fais que, sur nos tombeaux, après trois jours se lève. Dans une main la lyre et dans l'autre le glaive. Une Figure égale à nos vœux anxieux ;
Et que nos fils, guéris des coupables chimères :
(( C'est elle, disent-ils, dont nous parlaient nos mèrea,
La France au clair langage, au bras victorieux ! »
À LA MUSE FRAPÎÇAISE Sig
Eh quoi donc I mourra- 1- elle, après Rome sa mère, Mourra-t-elle, la France en qui nous avons cru ? N'était-elle que vieille et barbare chimère Et, comme une fumée, a-t-elle disparu ?
N'était-elle que rêve et qu'orgueil éphémère. Un râle de détresse aux lèvres du vaincu ? L'espoir, en notre cœur lourd de rancune amère, En vain à tant de coups aurait donc survécu ?
Non, non ! qu'un long désastre ait passé sur la plaine, Qu'importe si, demain, quelque divine haleine Ranime l'herbe sèche et les épis courbés ?
Si nos fils, dont les mains auront repris aux nôtres
Le glaive des soldats et la croix des apôtres,
Se lèvent pleins de force où nous serons tombés ?