‹ Poésies complètesChapitre 135 sur 153 · L'ÉCOLIER · texte numérisé non relu

L'ÉCOLIER

À Maurice Souri au.

Passant I celui qui dort sans bouquet d'immortelles Sous cette croix, vivant fut un pauvre écolier, Désireux de s'instruire, ennemi des querelles, Mais victime d'un rêve amer et singulier.

Consumé d'un fervent amour de la justice, Il ne comprenait pas en sa simplicité Comme il se peut qu'en soi le Créateur unisse Et la toute-puissance et la toute bonté.

Il demeurait surpris de voir des âmes dures. Des cœurs, sous triple airain, fermés à la pitié ; Car il avait senti les maux des créatures, Jusqu'aux plus bas destins s'étant humilié.

Le mal universel troublait cette âme douce. Lui qui laisse les rois du jour indifférents. Lui qui laisse dormir le sage sans secousse. Sous les palmiers sacrés, à deux pas des torrents ;

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A deux pas des torrents dont il n'a rien à craindre, Puisque leur bruit est fait du cri des malheureux, Et que leur masse d'eau qui ne doit pas l'atteindre Enchante son sommeil d'un murmure nombreux.

Mais du pâle écolier l'esprit plein de détresse Ne pouvait, un instant, se détacher d'autrui, Et, dans tout T univers voyant souffrir sans cesse, Ne s'attrister du mal que s'il frappait sur lui.

Un jour donc, il voulut pour éclaircir son doute Consulter les docteurs sur le mal et le bien. Et, la besace au dos, devant lui prit sa route. S'en rapportant à Dieu du pain quotidien.

Parmi des jeunes gens à l'attitude austère. Il monta les parvis de ces palais dorés Que les villes les plus fameuses de la terre Se font gloire d'offrir aux maîtres consacrés.

Et le premier lui dit : u La douleur est un rêve. Ce soir, je réunis chez moi des amis ; viens, Cœur inquiet ! Avant que le banquet s'achève, Je t'aurai démontré qu'il n'est ni maux, ni biens. «

Un autre l'écouta, vieillard à tête fine, Sans surprise, un léger sourire dans les yeux. Puis le mena devant une antique vitrine Pleine de ballons, peints de mots mystérieux.

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(( Jeune homme ! le savoir aguerrit et console ; Regarde : la réponse au doute, la voilà. » Et ces ballons étaient des arguments d'école Que récoliér, d'un coup d'épingle, dégonfla.

Un troisième se mit promptement en colère : (( Tu ne raisonnes pas dans les règles », dit-il, (( Et depuis si longtemps que le soleil m'éclaire, « Non ! je ne vis jamais un esprit moins subtil. »

Le dernier se montra plus franc : « Le mal des autres l A trop s'en occuper on finit sur la croix. Pour inscrire ton nom parmi les noms d'apôtres, Tu suivras un chemin plus doux, si tu m'en crois.

Amasse de Tor I l'or n'est pas chose si rare ; On en découvre un peu partout, en se baissant : Aux bouches d'un égout, au fumier d'une mare. Et parfois — que veux-tu ? — dans le sang innocent.

L'or, avec les honneurs, confère le génie

Et — n'est-ce pas à quoi tu vises? — la vertu.

Tu seras un martyr sans subir d'avanie.

Tu seras un héros sans avoir combattu. »

Honteux, humilié, l'écolier, tête basse.

S'échappe de la ville et rentre en son chemin ; Mais, auprès d'un calvaire, un vieux prêtre qui passe A deviné sa peine et le prend par la main.

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Il lui parle : « Dieu seul est au centre des choses ; Ni toi, mon fils, ni moi n'en avons fait le tour, Ni ces savants à qui les vérités sont closes Plus encore qu'à toi, car ils ont moins d'amour.

La souffrance est le lot de toute créature, La terre un lieu d'épreuve et de perversité, Et, si le mal partout règne dans la nature. Hélas I l'auteur en est la seule humanité.

L'humanité commit la faute originelle,

Qui pesa désormais sur l'astre douloureux ;

Les êtres innocents souffrent à cause d'elle

Sans qu'elle ait de remords ni pour soi, ni pour eux. »

Le vieillard dit encor : a Celui qu'un mauvais rêve Opprime, se débat, s'épuise avec terreur Contre de vains dangers ; mais quand l'aube se lève, Il s'éveille, il respire, il connaît son erreur.

Après la mort, ainsi tout sans doute s'éclaire. Va ! nous saurons pourquoi ce monde fut formé. Sa part d'illusion, et comment Dieu tolère La lutte entre Satan et son Fils bien-aimé.

Oui ! que ta volonté soit faite, et non la mienne, Seigneur » dit le vieillard, « sur terre comme aux cieuxî J'attendrai que le jour de ta lumière vienne ; Je ne jugerai pas ton œuvre par mes yeux. »

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L'écolier, aux accents de cette foi sévère. Emu, sent tout à coup s'alléger son fardeau : « Merci, mon père ! » Il court au rustique calvaire Et tout haut, le front nu, récite le Credo,

JULIUM SIDUS

Quid debeas, o Roma.

Horace.

Ce que tu dois, ô France, à tes Napoléons, Le monde en fut témoin du couchant à l'aurore. Et la terre, depuis des siècles, garde encore. Où leur pied se posa, la trace des lions.

Les vétérans, couverts de croix et de chevrons, N'ont passé nulle part comme un feu qui dévore ; L'ordre et les justes lois, dans le pli tricolore. Avec l'Aigle marchaient vers les quatre horizons.

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C'est le souvenir seul de l'ancienne épopée Qui fait que nos foyers, où se rouille l'épée. Son respectés encor des peuples ennemis.

Mais la prudence ordonne à défaut de la honte ; France ! n'est- il pas temps que ton astre remonte Aux régions du ciel oii leur bras l'avait mis ?

Sur les bords du barbare et doux Ityotyosi

Tout verdoyants d'épis forts comme des arbustes,

Innocent exilé, juste parmi les justes.

Vois quel beau lit de mort ton astre t'a choisi !

Ils se sauvent sans toi, tes compagnons robustes. Vers le ravin, au ras du maïs épaissi. Tu peux suivre des yeux la fuite de leurs bustes... Et c'est nous qu'avec toi Dieu délaissait ainsi.

La France saigne encor de tes dix- sept entailles !

Toi du moins, sur ton cœur tu pressais tes médailles

Et le cachet d'Hortense et de Napoléon.

Mais nous, impatients un jour de toute règle, N'avons-nous pas brisé le Crucifix et TAigle Qui nous ranimeraient à leur double rayon ?

Prince entouré d'amour sitôt que tu fus né ! De nos espoirs secrets, que le siècle décime, Avec toi le plus doux et le plus magnanime A péri le premier, par le sort condamné.

Vers le kraal muet qui guette sa victime,

Pars sur le cbeval gris au nom prédestiné !

Mais n'est-ce que destin ?... si tu mourus d'un crime,

Il ne convient qu'à toi de l'avoir pardonné.

Sur ce sol Africain, si funeste à ta race,

L'infâme guet-apens n'a pas laissé de trace.

La mare d'un sang pur — sang des Napoléons —

A fait croître les fleurs et l'herbe sur la rive ; Mais, de l'herbe et des fleurs, à notre âme attentive, Une voix monte encor, qui murmure des noms...

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