‹ Poésies complètesChapitre 44 sur 153 · RETOUR VERS L ANTIQUE I H · texte numérisé non relu

RETOUR VERS L ANTIQUE I H

Dans la route banale où leur foule s'engage, Ils trouvent la fortune et l'applaudissement : Mais la noble pensée et le noble langage Par eux ne seront pas foulés impunément.

Et nous, nous vieillirons couronnés d'espérance. Le temps respectera nos sévères écrits.

Si l'ombre de Sophocle et celle de Térence En de purs entretiens ont orné nos esprits.

Car nulle fleur n'a fait pâlir tes violettes, Ville de Périclès ! et ce n'est pas en vain Que par la bouche d'or du plus doux des poètes Le dieu promit à Rome un empire sans fin.

L'ÉRINYS D'UNE MÈRE

A Félix Jobbé Duval.

<( Tu veux partir, ma fille ? et suivre malgré moi Cet étranger rusé, sans pudeur et sans foi? Pars, fille impie ; et vous, ô terribles Déesses ! Nocturnes, aux cheveux de serpents, vengeresses,

Suivez-la sur la nef de l'époux triomphant, Furieuses et plus rapides que le vent ! »

0 cité de Gadmos ! Thèbes, chère patrie !

Je ne repose pas sous une herbe fleurie

Dans l'urne où sont les os consumés des aïeux.

Malheureuse I je vins mourir en d'autres lieux.

Au bord Ausonien, près de la mer salée,

Un tertre aride pèse à ma cendre exilée.

L'Érinys d'une mère a causé ce malheur.

Mon front se couronnait de marjolaine en fleur ;

Aux bruits harmonieux du sistre et du crotale

S'avançaient les flambeaux de Héré conjugale ;

Et le brodequin jaune enfermait mon pied blanc.

Une ceinture d'or pressait mon jeune flanc ;

L'époux impatient, que la flûte convie,

Méditait dans son cœur Gypris, source de vie...

Mais, oh ! cessez vos chants, quels sont ces cris afl'reux ?

Les convives muets se regardent entre eux.

Je pâlis, je frissonne... il faut bien que je meure !

Gar autour de la blanche et joyeuse demeure

La sanglante Érinys avait crié trois fois.

Érinys d'une mère ! inexorables lois !

Je meurs... vers le bûcher, vierge encore, entraînée...

Le voilà prêt, plus tôt que le lit d'hyménée I

Érinys d'une mère ! inévitables maux !

Que la terre Barbare est pesante à mes os î

RETOUR VERS l' ANTIQUE Il3

Hélas I très misérable ! en partant j'osai croire Qu'Aides serait clément, du fond de la Nuit noire, Lui qui, des prés en fleurs sur Torageuse mer, A ravi Perséphone aux bras de Déméter I

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