‹ Poésies complètesChapitre 45 sur 153 · LE SONGE DU PÊCHEUR · texte numérisé non relu

LE SONGE DU PÊCHEUR

A Jules Breton, peintre et poète.

Tu mentirais, disant que les nuits sont plus brèves En été, lorsque Zeus a prolongé les jours. Sélana n'était point au milieu de son cours ; Déjà dans mon esprit j'avais fait mille rêves.

Fatigué par la mer, j'avais dû me coucher Après avoir soupe de quelques coquillages ; Je m'endormis très tard sous mon toit de feuillages. Or je me vis, en rêve, assis sur un rocher.

Et je tenais ma ligne en agitant l'amorce (Les chiens rêvent de pain, je rêve de poisson), Quand un poisson très gros mordit à l'hameçon Et ploya le roseau par son poids et sa force.

Il4 LA LA.MPE d'argile

C'était un poisson d'or, que ma ligne apporta. J'eus peur, devant ma proie éclatante et dorée, Que ce ne fût peut-être une bête sacrée. Quelqu'un de tes joyaux, ô glauque Amphitrila 1

Pourtant, non sans avoir agrandi la blessure. Je le dépose à terre, et je me vois encor. Tremblant qu'il ne détache une parcelle d'or, Enlever l'hameçon avec ma main peu sûre.

Et bientôt, ébloui, je jure un grand serment D'aller, abandonnant mon vieux lit d'algue sèche, Ma barque et ses supports, mes instruments de pêche, Vers la cité peuplée, y vivre heureusement.

Voici que je m'éveille au bruit de la marée Et je tends mon esprit pour deviner les dieux, Mon cœur ayant gardé du songe merveilleux L'involontaire effroi de la chose jurée.

Si ton rêve, pêcheur, t'a promis un trésor, Laisse de ton serment la vaine inquiétude ; Pense aux poissons de chair vivant dans la mer rude. Car tu mourrais de faim avec tes songes d'or !

RETOUR VERS L ANTIQUE ll'O

Page 1