‹ Poésies complètesChapitre 47 sur 153 · A EMMANUEL DES ESSARTS · texte numérisé non relu

A EMMANUEL DES ESSARTS

Le poète, en sa vie austère, Marque d'un caillou blanc les jours Où son âme se désaltère Au fleuve d'or des beaux discours ;

Au fleuve d'or du pur langage.

Dont Térence pour ses écrits Détourne une veine au passage, Et dont César se montre épris.

Hier, ta main, ô jeune maître !

Versa le breuvage vermeil.

Et je me suis senti renaître Gomme une plante au grand soleil.

C'est toi qui nous donnes l'ivresse D'un ciel héroïque et doré...

Salut, fds heureux de la Grèce, 0 frère du poète André î

Puisque Charités et Camènes Jadis ont baisé tes cheveux, Nous te suivrons où tu nous mènes Vers l'idéal, si tu le veux !

Vers la cime éclatante où siège L'Aveugle aux chants divins, ayant Dans sa chevelure de neige Le laurier toujours verdoyant.

Oh ! n'est-ce pas, demain encore.

Demain comme tu fis hier, Tu nous guideras vers l'aurore, Souriant, et d'un geste fier ?

IIETOUR VERS l'aNTIQUE 121

Et pour régénérer notre âme En proie aux jours fastidieux, ïu nous verseras de la flamme Dans ta coupe, digne des Dieux.

MILANION

A Paul Frédéric Girard.

Milanion, blessé par le centaure Hylée, Sous le brûlant soleil, sous la froide gelée Alla vivre au désert parmi les animaux ; Mais tant de patience à subir tant de maux Auxquels Vénus contraire en sa liaine préside. Rompit la cruauté de la dure laside.

0 malgré cet exil heureux Milanion, Malgré l'afî'reuse mort sous la dent du lion, Malgré l'ancienne épreuve et l'angoisse future ! . . . Quand, de ses belles mains déliant sa ceinture, L'épouse aux pieds légers t'abandonna son corps. Le destin d'un mortel dut te paraître alors Si beau, que dans ton cœur et ta chair assouvie Tu ne regrettas rien de ta pénible vie !

122 LA LAMPE d' ARGILE

IIÉCUBE

A Robert de Bonnières,

... 0 modo regia conjunx.

Regia dicta parens, Asiae florentis imago !

Ovide.

Le roi Laertiade à l'esprit lent et grave

Osa presque, dit-on, dédaigner comme esclave

Celle que la Phrygie honorait autrefois

La saluant épouse et nourrice de rois,

Hécube, longtemps belle, et qui, sous un Dieu rude.

Vit le jour de la honte et de la servitude ;

Image encor, malgré les ans et le malheur,

Du règne Priamide et de l'Asie en fleur !

Ainsi le dur guerrier, dont l'aigrette mouvante

Sur les chefs Danaens secouait l'épouvante,

Le tueur de Patrocle et de Protésilas,

Le rempart d'ïllon, la déroute d'IIellas,

Hector, qu'Achille seul put dompter sur la terre.

Mort, ne trouva qu'à peine un maître pour sa mère.

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