POEMES ROMAINS I
Que de fois et combien nous nommerons heureux
Ceux qui par la vertu de leur sang généreux
Sur ton sol fortuné méritèrent de naître !
Heureux qui peut du moins te voir et te connaître !
Par tes temples, ô Rome ! on est plus près du ciel ;
On respire les dieux dans ton air immortel.
Ah ! puisque si longtemps, aux rayons de ta gloire,
Ilecula vers le nord la nue épaisse et noire,
Lève à notre horizon, où l'orage est encor.
Ta couronne de tours et ton bouclier d'or
Afin que l'univers se rendorme tranquille ;
Et fière de ton œuvre impérissable, ô ville
De Vénus Énéade et d'Apollon naval.
Presse tes cheveux blancs du laurier triomphal ! »
SEPTIMIA
A Armand Silvestre.
Alors que le soleil entre au Lion d'Hercule,
Je cherchais quelque ombrage et la fraîcheur des eaux.
Quand j'aperçus de loin le pied sûr de la mule
Qui hâtait ta litière au milieu des roseaux.
128 I-A. LAMPE d'argile
Je m'approchai : pardonne au sang de ma jeunesse î Et, me dissimulant parmi les troncs des pins. Je te vis t' élancer (mortelle ou bien déesse ?) Dans le fleuve docile au double jeu des mains.
Tel sur le front cornu de la vierge Inachide Argus fixait un œil surpris et soupçonneux, Tel je suivais ton corps sous le voile liquide, Sous le voile trop clair pour égarer mes vœux...
Ce frêle et souple corps, brune patricienne, Me brûla du désir des baisers clandestins : J'aime le vaciet noir mieux que le blanc troëne, Mieux qu'un chêne des bois l'arbuste des jardins.
Plus tard tu m'apparus dans l'air doux de Baïes ; Les jeunes chevaliers s'empressaient sur tes pas... 0 serments parjurés ! divinités trahies ! Mes anciennes amours cédèrent sans combats.
Car je ne voyais plus que la sombre étincelle Qui lutte sous tes cils avec un froid rayon ; J'oubliais Marcia, la pauvre enfant fidèle, La fille, au simple cœur, du vieux centurion.