POÈMES ROMAINS I
Pour tes cheveux, TOronte avait donné sa myrrhe Et rinde, pour tes bras, avait donné son or. Riche, belle, au milieu d'une cour qui t'admire. Qu'avais-tu de possible à désirer encor ?
Et pourquoi ces frissons sur ta gorge si tendre, Septimia ? pourquoi la subite pâleur Qu'aux jours les moins troublés je voyais se répandre De ta tempe bleuâtre à tes lèvres en fleur ?
Ton époux, qui lassa l'active Renommée Et sur l'Alpe neigeuse alla porter nos lois. Dans Tunique souci de la patrie armée Vivait, indifférent aux flambeaux d'autrefois.
Non ce n'était pas lui, ni l'honneur militaire. Qui flottait lentement dans l'ombre de tes yeux... Un autre, n'est-ce pas ? plus jeune et moins austère, Un autre, absent peut-être, avait changé tes dieux.
Quel nom furtif errait sur tes lèvres muettes ? Quelle image d'enfant roulais- tu sous ton front? Dis, est-ce Lycidas, que chantent les poètes, Et pour lequel, demain, les vierges tiédiront?
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Serait-ce ïéléphus aux bras blancs, au cou rose. Lui qui blesse l'amour par des jeux trop ardents Lorsque, pris de Bacchus dans la nuit déjà close, Aux lèvres de Lydie il imprime ses dents?
Ah ! quel qu'il soït, sort-il d'une race divine Pour rire de tes pleurs et dédaigner ton lit ? Sans doute un cœur de fer habite en sa poitrine : Mais, le fer le plus dur, la flamme l'amollit.
L'âge n'a pas encore flétri ta gorge pure, L'écorce de la noix ne teint pas tes cheveux ; Vas, invoque Venus, invoque aussi Mercure, Et ces divinités souriront à tes vœux.
L'enfant sera dompté dans sa moelle et son âme; Tu le verras venir, soumis et caressant, Et tu sauras alors, heureuse jeune femme. Ce que peuvent les bras d'un bel adolescent.
Pour moi, je m'enfuirai dans l'ombre la plus noire, Au plus profond des bois, sur les rochers déserts. Je suis pauvre et timide^ et j'ai vécu sans gloire : Varius ni Ginna ne connaissent mes vers.
POÈMES ROMAINS l3l
Je n'ose plus rêver que la muse romaine, Veuille ceindre mon front du laurier désiré... Mais je pardonne aux dieux mon ambition vaine : L'amour perce mon cœur d'un trait plus acéré.
Septimia ! par toi je mourrai misérable. Méditer de t'atteindre eût été trop d'orgueil, Et mon unique espoir est qu'un vent favorable Emporte quelque jour ma cendre sur ton seuil.
A ÏULLUS
Couché mollement près du Tibre, Sois heureux, Tullus, et sois libre (Toi dont la bourse est pleine d'or) De boire Falerne ou Formies iVux pieds de tes belles amies Dans ta coupe, œuvre de Mentor.
Admire sur les eaux du fleuve Filer tout droit la barque neuve Oii chantent des couples joyeux ; Lève un œil rayonnant d'extase Vers tes bois dignes du Caucase Par leur cime qui touche aux cieux
iSa LA LAMPE d'argile
Moi je vis sous une autre étoile.
L'araignée a filé sa toile
Dans ma bourse, depuis longtemps ;
Et sur ma table solitaire
Je mange en des bassins de terre
Des légumes gris et flottants.
Mais quand vient Roscia qui m'aime, Tullus, le Pactole lui-même Roule son or dans ma maison ; Je cueille les perles sans tache Dont la Mer Rouge livre ou cache La précieuse floraison.
J'aurais chez moi les Trois Fortunes.
Qu'elles me seraient importunes Si je n'avais aussi Vénus.
0 reine ! préside h ma vie :
Je regarderai sans envie Tous les présents d'Alcinoûs.
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