A JOSÉ MARIA DE HEREDIA
Dans tes veines, poète au profil de guerrier Qui porterais le casque aussi bien qu'un laurier, Des Hispano-Romains tragiques et sonores Le sang se mêle au sang des fiers Conquistadores.
Viens ! reculons tous deux sur cet obscur chemin
Où le brouillard des temps exerce l'œil humain,
Et je te montrerai, si ton flambeau m'éclaire,
En tête de ta race, un homme consulaire :
Un des triomphateurs que la foule admira
Menant sur les pavés de la Via Sacra
Les images de bronze et d'ivoire des Villes,
Les grands Fleuves en pleurs sous leurs barbes scrviles.
Sous leurs cheveux verdis et ruisselants encor,
Les vases, les bassins d'où déborde un trésor,
Et derrière les chars Bretons et l'or du Tage
Les rostres ébréchés des vaisseaux de Carthage !
POÈMES ROMAINS l45
DONEC ERIS SOSPES
Par les heures dont rien ne désarme l'envie, J'ignore, Proculus, ce qui t'est destiné. Va ! qu'un dieu te conduise, et qu'il te soit donné De toucher sans offense aux bornes de ta vie !
Ah ! puissé-je, en mes vœux, être écouté pour toi,. N'ayant pas pour moi-même attendri la fortune ! La misère fait fuir et le deuil importune, Et chacun du vaincu s'écarte avec effroi.
Pour vivre dans la joie et t'assurer la gloire, Ajoute quelque rose à ton premier laurier. La colombe, vois-tu, vole au blanc colombier ; Nul oiseau ne s'arrête à la tour triste et noire.
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l/|6 LA LAMPE d'argile
TROICA ROMA
A j. A. niid.
Paissez, taureaux, paissez l'herbe des sept collines î
Faites-Yous un chemin dans les buissons d'épines ;
Une grande cité, dès demain, en ces lieux
Dressera ses maisons, ses remparts et ses dieux.
Troie est morte : mais Rome est vivante, et c'est Troie.
Ilion se retrouve et s'étonne avec joie
Et dit que son héros, dans le vaste univers,
A bien tourné sa proue à l'occident des mers !
Oh ! quel heureux oiseau lui servit de présage !
Les nefs de Dardanus voguaient vers le rivage
Oii Mavors et Vesta les recevraient un jour.
Infatigable Énée, ô frère de l'Amour !
Gomme ce dieu volant, poursuis ta course erranle,
Et de rida natal jusqu'aux bois de Laurente
Cherche, pour y loger tes Pénates, les bords
Où Jupiter assigne un terme à tes efforts.
Et vous. Grecs, ramenez votre cheval de ruse :
Vous avez mal vaincu ! les récits de la Musc
POÈMES ROMAINS l47
Diront comment vous fut interdit le retour, Et que la trahison vous frappe à votre tour, Tandis que le monceau de cendres de Pergame, Livré par vous au vent complice de la flamme, Monte et passe en hauteur la plus haute cité. Par tes dissensions et par ta vanité Péris, Grèce orgueilleuse, en niant, si tu l'oses. Que Rome est à jamais la plus belle des choses !
Moi qui, tout à l'Amour, loin des projets trop fiers. Dans les flots du Permesse avais trempé mes vers. C'est ainsi que j'osais me pencher sur le fleuve Où la soif d'Ennius à larges traits s'abreuve. Lorsque Phébus, du seuil d'un antre qui verdit, M'apparut, appuyé sur sa lyre, et me dit :
(( Dépose une couronne aux pieds de la statue, Jeune homme ; tu ne peux atteindre jusqu'au front. D'autres, plus grands que toi, vainement l'essaieront, Tant la tâche de bien louer Rome est ardue !
A Virgile de dire Apollon protecteur Et la mer d'Actium sous la flotte d'Auguste. Ta poitrine, crois-moi, n'est pas assez robuste, Et ton souffle respire une amoureuse ardeur.
l/jS LA LAMPE d'argile
Après Argo, Varron conta sa Leucadie.
N'as-tu pas entendu résonner dans les bois Le nom d'Amaryllis dit par la même voix Qui célébrait Camille aux armes enhardie ?
L'élégie est aimable ; ô jeune homme ! aime-la. Si tu te sens lassé de nommer ta maîtresse, Prends, en les transformant, ses fables à la Grèce, Et raconte Antiope, Hypermnestre ou Scylla.
Car, même par des eaux transparentes et planes, Le consul Marins et Jugurtha captif Feraient, trop lourd fardeau, chavirer ton esquif. Et ta témérité t'enverrait chez les Mânes.
Rase plutôt la côte, en ramant d'une main ; De l'autre, tu pourras, si trop de vent s'élève, Jetant aussitôt l'ancre aux sables de la grève, Epargner un honteux naufrage au nom romain, n