‹ Poésies complètesChapitre 6 sur 153 · LA TOISON D'OR · texte numérisé non relu

LA TOISON D'OR

A Pierre de NoUiac.

Eveille-toi ! debout î songe à la toison d'or. Les hommes sans désir ont vécu sans extase. Viens ! Argo nous attend aux chantiers de Pagase, Les dieux nous sont amis, Golchos est riche encor.

La blanchissante mer invite notre essor ; Faisons voile en chantant vers les rives du Phase 1 Qu'importent les taureaux dont la bouche s'embrase Et le vieux roi rusé, jaloux de son trésor?

En vain, au pied de l'arbre, un noir dragon s'étale ; Sur un signe tracé par la vierge fatale. Comme un petit enfant, le monstre clôt les yeux.

Victoire ! matelots, hissez les blanches voiles. Et voyez dans la nef, aux lueurs des étoiles, Scintiller le butin qui nous fait glorieux.

LA COURONNE AGANIPPIDE

LA COURONNE AGANIPPIDE

A Leconte de Lisle.

Vomhre du petit Lièvre

0 chère Philénis, qui m'as longtemps nourri,

Sur tes genoux, des brins du serpolet fleuri,

Dans le creux de ta main m'offrant une eau limpide,

Moi, ton lièvre à la longue oreille, au pied rapide.

Tu m'as enseveli tout près de ta maison,

Dans ton petit jardin à l'étroit horizon,

Pour que, toutes les nuits, tu puisses voir en rêve

Près de ton lit le tertre où gît ton jeune élève,

Guirlande pour Théano

Reçois, ô Théano I cette agreste couronne, Œuvre de ma soigneuse main :

Vois ! au tiède narcisse, à l'humide jasmin. Se mêle la fraîche anémone.

Mais quand tes noirs cheveux seront ainsi parés. Sois moins dure à celui qui t'aime ;

Cède-lui promptement ! car tes fleurs et toi-même Promptement vous vous flétrirez.

Chanson d'un jeune berger

Applique à tes roseaux dorés,

O Pan ! tes lèvres arrondies.

Et par d'agrestes mélodies

Charme les troupeaux dans les prés ;

lA COURONNE AGANÏPPlDE 21

Afin que les brebis nouvelles Dont j'ai fait don à Tryphéra, Quand le soir les ramènera, Traînent de pesantes mamelles.

Ces brebis son maigres, ô Pan !

Leur laine à l'œil n'est point aimable ; Mais le bélier infatigable Les fécondera trois fois l'an.

Elles sont de race, agarrique, Et je les eus d'un Arménien En échange d'un jeune chien, D'un crater et d'une tunique.

Et si tu combles mon espoir, 0 Pan ! au pied de ta statue, D'un bouc à la gorge velue Je ferai jaillir le sang noir.

Praxo à Cypris

Ce voile transparent, de mode lesbienne, Praxo te le consacre, ô Cypris Ouranienne !

22 l'A LAMPE D ARGILE

Avec lui, ce miroir de bronze, égal et clair,

Ce réseau, trois fois teint des couleurs de la mer.

Et ce peigne de buis que dans sa chevelure

Longtemps elle traîna d'une main lente et sûre,

Comme un pêcheur traînant un filet hors de l'eau.

Ce peigne, ce miroir, ce voile et ce réseau,

Elle te les consacre avec joie, ô Déesse !

Car le rire amoureux, la facile richesse

Sous ta ceinture d'or ont leur secret autel ;

Et l'éclair est moins vif et moins doux est le miel

Que les plaisirs divins goûtés par ta servante.

C'est ainsi que Praxo te supplie et te vante :

En retour, Vénérable, ô mère des vrais biens !

Donne-lui des amants nombreux comme les tiens.

A Lysidice

Le raisin était vert, j'osai tendre les mains :

Tu méprisas alors mon ardente prière.

Plus tard, il était mûr, tu passas non moins fière .

Il se dessèche, hélas !... donne-m'en quelques grains.

LA COURONNE AGANIPPIDE 23

Porphyris à Bacchos

Porphyris te consacre, ô Bacchos, Dieu du vîn !

Ce thyrse couronné d'une pomme de pin,

La peau de cerf, longtemps enroulée à ses hanches.

Ce sistre, ce tambour, ces bandelettes blanches.

Instruments et^témoins de sa jeune fureur 1

Elle ne hante plus les grands bois pleins d'horreur,

Sous le mystique van, ceinte de la nébride :

Car sa tête blanchit et tout son corps se ride.

Et sa main tremble, hélas ! non moins que ses genoux

Et n'élève qu'à peine un crater de vin doux.

Double ivresse

Amphore, verse-moi ta bachique rosée ; Tends à ma lèvre, Inô, tes lèvres et tes yeux... Double nectar offert î double soif apaisée I Une femme et du vin... je suis égal aux Dieux !

a/| LA. LAMPE d'argile

A Mélissa

J'aime tes grands yeux bruns : ils ont l'éclat de l'or.

On peut à ta lèvre divine Respirer les parfums des fleurs de ta poitrine.

Et ta taille est flexible encor.

J'aime tes cheveux bruns : leur frisure est pareille

A celle du jeune persil ; Leurs boucles font une ombre au-dessus du sourcil,

Sur la nuque et près de l'oreille.

Si quelque fd d'argent brille à tes bandeaux bruns, S'il neige de blanches épines

Dans le sombre buisson si cher à mes narines Pour ses délicieux parfums,

Érôs, ô Mélissa ! par là même nous dompte,

Et par là je médite mieux L'avenir déjà prêt sur les genoux des Dieux,

L'heure envieuse, et la mort prompte.

LA COURONNE AGANIPPIDE 20

ÎX

Pour un soldat mort à Salamine

Tu le vois, étranger^ ce tombeau représente L'Athos, la mer d'Hellé d'écume blanchissante, Et dressant sur les flots ses immortels rochers Salamine, et la foule innombrable d'archers, Les Mèdes couverts d'or et hers de leurs armures Et puis, les Achéens aux belles chevelures Qui, subissant pour nous l'inévitable Ker, Du haut des noires nefs sont tombés dans la mer.

Pour le jeune Amyntor

Ce tertre que voici, passant, couvre la cendre Du Mnésarchide, honneur de Sparte, d'Amyntor. Un long mal vers le Styx ne le lit pas descendre : Dans l'ouragan d'Ares il tomba, jeune encor, En couvrant un ami de son bouclier d'or.

Les paroles d'un habitant des côtes

Celui qui va chercher fortune sur la mer

Souvent y boit la mort avec le flot amer.

C'est là-bas, à l'endroit où la vague moutonne,

Que Gharmidès périt aux tempêtes d'automne.

Quant à toi, vieux Lycos, n'éveille pas les Dieux.

Sous ton abri de jonc vis tranquille et joyeux,

Puisqu'il te reste un peu de farine grossière

A pétrir de tes mains dans le creux d'une pierre,

Du thym sur ]a falaise, et, trésor naturel,

La blanche floraison des noirs rochers, le sel.

Sur le tombeau d^un naufragé

N'accuse pas la mer de ton sort misérable, Naufragé ! mais plutôt les vents injurieux ; Car ils t'ont fait périr, et le flot favorable T'a roulé doucement au tombeau des aïeux.

Page 1