‹ Poésies complètesChapitre 64 sur 153 · PAX · texte numérisé non relu

PAX

De toute part surgit l'anxiété des choses,

La noire image de la mort.

A quoi bon résister au cours des ans moroses ? Tu prolonges l'ennui d'un inutile effort.

Si la décrépitude incessamment te ronge.

Si tu meurs lambeau par lambeau, desse de t'agiter au souvenir d'un songe Dont rien ne te suivra dans la paix du tombeau.

Ne pleure plus ainsi la jeune fdle morte,

Ses yeux, sa forme en proie aux vers ! Un souffle un peu plus lent au même écueil t'emporte, Le gouffre attire à lui tous les courants divers.

Puis, si tu penses bien, un espoir te rassure

Dans ta douloureuse langueur :

La mort, qui t'a blessé, guérira ta blessure ; En éteignant tes yeux, elle éteindra ton cœur.

l64 LA. LAMPE d'argile

La mort le fermera, comme on clôt la fenêtre

D'un logis qu'on va démolir ; La mort le brisera, comme la main du maître Brise un ancien coffret qui ne doit plus servir.

De ton vivace amour, du regret qui te navre,

De ton ivresse et de ton douil.

Rien no tourmentera, crois-le bien, ton cadavre Qui va tomber en poudre aux planches du cercueil.

0 poète païen ! amant de la lumière !

Il est donc bien dur de mourir, Puisque, le cœur meurtri par la nature entière, Tu redoutes l'instant qui peut seul te guérir ?

L'instant oii le désir lâchera sa victime,

Où ta chair se reposera ; Où, dérobant sa proie à l'adversaire intime, Ton àme ouvrira l'aile... et se délivrera.

Embrasse en ton esprit, d'une rapide étreinte.

Tous tes jours et tous tes travaux.

Et dis s'il ne sied pas d'envisager sans crainte La mort, fdle du temps et mère du repos.

AU FIL DES JOURS l65

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