‹ Poésies complètesChapitre 65 sur 153 · LE VRAI PÉRIL · texte numérisé non relu

LE VRAI PÉRIL

Tu crois avoir souffert et tu demandes grâce P Tu succombes, dis-tu, sous le poids de tes jours ? Déjà ? non ! raffermis ton âme trop tôt lasse ; Tu peux, tu vas porter des lendemains plus lourds.

Comme un marcheur lassé, se laissant choir à terre, Renoncerait au but qu'il s'était proposé S'il comptait tous les pas qui lui restent à faire. Qu'il fera cependant sans tomber épuisé :

L'homme aurait le vertige à voir dès sa jeunesse La somme de douleurs qu'il lui faudra subir ; Chacun mesurant mal sa force et sa faiblesse, Nul ne sait ce qu'il peut endurer sans mourir.

La résignation, elle seule, est virile ; C'est rhéroïsme vrai, tous les autres sont faux ! Surtout quand la douleur n'a pas été stérile. Quand elle ouvrit ton front à des rêves plus beaux.

l66 LA. LAMPE d'argile

Réponds ! à qui dois-tu d^avoir un cœur plus tendre. Plus d'amour pour le Juste, un plus noble idéal ? C'est à cette douleur que tu crains de comprendre : Elle a produit le mieux, tu l'accuses du mal.

Oui, lâche ! si demain te souriait la vie. Tes peines n'étant plus que de froids souvenirs ; Si l'or à ta jeunesse, encore inassouvie, Ouvrait le paradis des terrestres plaisirs :

Tu roulerais plus bas que jamais dans l'abîme, Tu laisserais mourir ta vacillante foi.

Tu te soucierais peu des fortunes du crime, Du mal que souffrirait le monde autour de toi.

Tremble que le bonheur à ta porte apparaisse ; C'est lui, l'hôte fatal que tu dois redouter. Préfère le calice amer de ta détresse A ces poisons en fleur qu'il pourrait t'apporter !

Souffre pendant longtemps ; rachète ton blasphème. Et, pour être en état d'affronter le danger, Reçois de la douleur une empreinte suprême Telle que, même heureux, tu ne puisses changer.

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