‹ Poésies complètesChapitre 67 sur 153 · ILLUSION · texte numérisé non relu

ILLUSION

En vain du dernier culte on dénonce la feinte. Par un instinct rebelle aux plus hautains discours, D'un monde où l'âme habite et revit pour toujours, Tu nourris en ton cœur l'espérance ou la crainte.

Les uns veulent surprendre en cette éternité, Comme en un sanctuaire aux portes longtemps closes. L'âme de la nature et le secret des choses : Mais tu n'es pas séduit par tant de vanité.

D'autres se laissent prendre au désir de connaître Le Dieu mystérieux qui créa sans remord La mort, et la douleur plus sombre que la mort : Mais ta raison plutôt s'étonne d'un tel maître.

Tu verrais sans effroi le noir tombeau s'ouvrir

Et se clore à jamais sur ta triste pensée.

Sur ton esprit plus las que ta chair n'est lassée...

Mais ton cœur I c'est ton cœur qui ne veut pas mourir.

AU FIL DES JOURS iGq

La vierge que ton rêve a toujours poursuivie Et qui, sans le savoir, a changé ton destin. Tu veux l'aimer encore en ce monde incertain Où la voix des aïeux vaguement nous convie.

Et c'est l'amour humain qu'il te faut immortel ! Lui que ton mysticisme à son insu contemple ; C'est lui seul que, dans l'air religieux du temple. Ton âme encore aspire, indifférente au Ciel.

LE RAYIN

A Pierre de Nolhac.

Dans un pli de montagne où le taillis s'enfonce, Rappelle-toi comment nous vîmes tout à coup Une eau noire, luisant sous le chêne et la ronce, Qui semblait nous guetter avec des yeux de loup.

Pourquoi ce souvenir, de bientôt sept années,

Plutôt qu'un autre, est-il présent à mon esprit ?

Et pourquoi ce jour-là, parmi tant de journées

Où quelque aspect des monts ou des bois nous surprit.^

Si des instants sacrés où le cœur s'intéresse, Rien ne subsiste, hélas ! en nos faibles cerveaux Qu'un vag-ue sentiment de douleur ou d'ivresse Prêt à céder la place aux sentiments nouveaux :

D*où vient qu'un Incident banal de notre vie Se détache si net dans le passé confus. Et que notre mémoire en songe est poursuivie Par des objets, sans peine ou sans joie entrevus ?

Esprits mystérieux, nous croyons nous connaître ! Nous descendons en nous, de circuit en circuit. Gomme à travers un bois, vers un gouffre; et peut-cire Un œil fascinateur nous guette dans la nuit.

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