‹ Poésies complètesChapitre 68 sur 153 · JUSTICE · texte numérisé non relu

JUSTICE

A Louis Méaard«

Apôtres que la foule escorte au bord des mers. Sages que vos amis suivent sous les platanes, Vous tous nos conducteurs ou sacrés ou profanes. Etendez vos regards plus loin dans l'univers !

Yous invoquez des lois humaines ou divines : N'est-il rien de vivant que l'homme et que ses dieux? Pour enfermer un cœur, du Juste soucieux, Le cercle est trop étroit où tournent vos doctrines.

Vous vous dites en vain des ennemis mortels ; Au nom de la science ou bien au nom du culte En vain vous échangez les défis et l'insulte : Je vois un même dieu : l'homme, sur vos autels.

Tous vous vous ressemblez, puisqu'en tous vos systèmes L'homme seul se contemple et s'adore toujours. A tout autre malheur qu'au sien, vous restez sourds. Vous ne voyez que nous, c'est-à-dire vous-mêmes.

Cependant, chaque soir, sur vos fronts, 6 penseurs I Dans le ciel infini la nuit allume et roule De mondes habités une innombrable foule Dont nul œil n'a percé les blanches épaisseurs.

Chaque jour, sous votre œil vague qui les méprise. Par notre indifférence endurant d'affreux maux. Passent à vos côtés les tristes animaux Que leur maître barbare exploite et martyrise.

Certes, ce crime est vieux, les siècles l'ont commis. Depuis, hasard ou Dieu, qu'une puissance obscure A l'homme insatiable a livré la nature. Il s'est dit juste maître et s'est cru tout permis.

172 LA LAMPE d'argile

A le voir exercer ce droit héréditaire, Bien souvent j'ai compris le farouche Romain Qui rêvait de trancher la tête au genre humain... De quel bourreau son glaive eût délivré la terre !

Ne laissez pas votre œuvre entreprise à moitié : L'homme n'est pas le seul qui vive et qui pâtisse ; Si vous avez vraiment souci de la Justice, A toute créature étendez la pitié !

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