‹ Poésies complètesChapitre 76 sur 153 · VERNON · texte numérisé non relu

VERNON

... nobis haec otia fecit.

Au monument des Mobiles de l'Ardhche

Sous les arbres taillés dont s'embellit Vernon J'allais, cherchant d'abord une rime légère : Mais la guerre civile et la guerre étrangère Dans ces bois ont jadis^fait tonner le canon.

Les vignes, les pommiers rejoignent la lisière ; Ici même, devant ce paisible horizon, Dans la poudre et le sang tu mordis la poussière, 0 Rouveure, héros dont j'ignorais le nom !

C'est pour moi cependant, pour nous, mon capitaine. Qu'aux jours oiî la fortune était pis qu'incertaine, Officiers et soldats, vous avez su mourir.

Et si, sous les tilleuls que rajeunit la sève, Je médite des vers et me plais en un rêve, C'est votre dévouement qui me fait ce loisir.

Trois semaines après

Cette fois, souriant à la terre connue.

Tous deux nous respirions le long de l'avenue

L'arôme des tilleuls chauffés par le soleil ;

Et le cœur et les yeux ravis, nous atteignîmes

Le pied de la colline aux verdoyantes cimes

Où viennent se briser les traits du jour vermeil.

Les sapins, amincis en vertes pyramides,

Tendaient leurs bas rameaux sur les mousses humides.

Sur les sentiers pleins d'ombre et sur les clairs ruisseaux ;

Et le serpolet rose et la rouge bruyère

Recouvraient d'un tapis le sol de la clairière

Où se groupaient, de loin en loin, des arbrisseaux.

L'herbe se décorait de fleurs jaunes et blanches. C'étaient, de toute part, des craquements de branches, Et le chant des oiseaux, le cri des écureuils ; Cependant qu'au détour tranquillement couchée, La biche se levait, à peine efl*arouchée, Ou que, sous bois, passait le galop des chevreuils,

Et le soir on alla sur le grand pont de pierre En silence admirer la royale rivière.

Les îlots noirs, pareils à de sombres bouquets. La lune paraissait, et de rouges lanternes S'avançaient sur les eaux métalliques et ternes, Et des feux s'allumaient aux fenêtres des quais.

0 pays enchanteur, où la Seine est si verte. Ceinte de monts boisés, d'îles en fleur couverte. Boulevards de Vernon, charmilles de Bizy, Fleuve, donjon, coteaux si doux, forêt profonde, Disons de quelle ivresse héroïque et féconde A votre aspect nouveau notre cœur fut saisi !

Poète, dis encor : Lieux sacres par l'histoire, Soyez-le par la muse, et doublez votre gloire, 0 nid d'amour ! ô champ d'un combat meurtrier l Terre charmante et grave, où cette double chose Qui vaut seule, ici-bas, que l'esprit s'y repose. Amour et mort, ne peut un instant s'oublier.

Page 1