RAMBOUILLET
« Ecoutons, disais-tu, nous venir dans la brise Le bruit que font sous bois les petits animaux. L'enfant qui les recherche et qui les martyrise. L'enfant méchant qui trouve un plaisir dans leurs maux (Ange innocent et blond dont sa mère est si fière), Avec son filet vert, sa brune gibecière. Enfin a disparu sous les derniers rameaux.
La nature, en sa fleur, va pouvoir nous sourire ; Nous allons rencontrer l'abri que nous cherchons. Le bois vibre sans fm comme une grande lyre. Et ce concert nous suit tandis que nous marchons. » Et tu parlais encor, que, dans ses rives fraîches. Au milieu des roseaux dardant leurs vertes flèches. L'étang nous apparut, obstrué par les joncs.
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En îlots blancs et verts, dans les espaces vides. Remuaient doucement les nénufars fleuris. Par instants, Tonde en cercle élargissait des rides : C'est qu'un poisson happait un insecte surpris. Le saule sur nos fronts courbait sa pâle voûte. Et là-bas, au soleil, tout au bord de la route, Paisiblement venaient picorer les perdrix.
Sous leur sombre verdure ou leur feuille légère
Les troncs blancs des bouleaux et les troncs roux des pins
Parmi la mousse tendre et la raide fougère
Se dressaient sur le sol troué par les lapins.
Puis c'étaient les tilleuls, les chênes hauts et minces.
Sous lesquels ont chassé gentilshommes et princes
Tels qu'en vers dédaigneux Yigny nous les a peints.
Oui ! l'âge mûr tenant ce qu'a promis l'enfance, L'homme stupide et lâche aime à faire souffrir. S'embusque pour tuer la biche sans défense. Contre un cerf épuisé qui n'a plus qu'à mourir Lance quarante chiens toute une matinée, Et, sur la terre en sang fier de sa destinée, Prétend qu'à son image un Dieu l'a dû pétrir !
Ainsi, pour excuser les pires de ses vices Et pour se dispenser d'être équitable et bon, Il a su, chez les dieux, se trouver des complices Qui l'aident dans sa guerre impie à la raison.
Hostile au doux éclat des vertus naturelles,
Il a fait avec soin l'obscurité sur elles
Et vers de faux devoirs détourné le rayon.
On connaît Artémis, la reine d'Ortygie,
Et son carquois que plus d'un poète a chanté ;
Déesse au cœur intact, mais à la main rougie,
D'autres qu'elle mettaient leur gloire en la bonté,
Quand, devançant les temps où l'Amour fut en haine^
Du sensible Apollon sœur insensible et vaine.
Elle se fit honneur de sa virginité.
Mais nous, indifférents aux subtiles amorces D'un rêve maladif par l'orgueil inventé. Comprenons mieux la vie, et réservons nos forces Pour la seule vertu réelle, la Bonté ; La Bonté, qui s'étend à toute créature, Non celle que l'oubli de l'immense nature Renferme dans ce mot étroit : humanité.
Forêt de Rambouillet ! sous ton ombre puissante Ainsi me poursuivait mon éternel souci.
La cruauté de l'homme, à mon esprit présente. Jusqu'à mon dernier jour m'aura tout obscurci. L'homme a gâté la vie, en maître inepte et lâche. Lui par les mains de qui, s'il eût compris sa tâche ^ Le sort universel pouvait être adouci.
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