‹ Poésies complètesChapitre 78 sur 153 · AU TOMBEAU DE CHATEAUBRIAND · texte numérisé non relu

AU TOMBEAU DE CHATEAUBRIAND

Une tombe sans nom : suprême vanité !

Pourtant, s'il fut jamais mortel désenchante.

N'est-ce pas toi, splendide et morose génie.

Toi qui sans cesse errant d'Argos à Béthanie

Et de l'amour céleste aux terrestres amours,

Ne vis pas sans ennui poindre un seul de tes jours ?

La vie en notre chair a-t-elle des racines

Si dures que malgré les modernes doctrines

Et le deuil proclamé de nos illusions.

Tout au fond de nos cœurs rebelles nous puisions

Une invincible foi dans notre survivance ?

Ou n'est-ce pas encor que nous goûtons d'avance

•Ce qui doit se passer quand nous ne serons plus ?

Et, l'œil fixé plus loin que nos jours révolus,

Nous trouvons jouissance ou peine à croire entendre

Les discours que nos fils tiendront sur notre cendre.

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