EN AVANT
Marche droit sur la force et la mêlée humaines, Et parmi les méchants ourdissant leurs complots, Brandis et fais siffler tes divins javelots, Et pousse à plein collier le char d'or que tu mènes !
Souviens-toi que les ans, les mois et les semaines, Les jours, vont d'un sang pur accroître encor les flots. Et qu'en tout lieu du globe où naissent des sanglots, Ton char de justicier roule sur ses domaines ;
Que la pitié pour ceux qui sont durs et puissants N'est qu'au prix de nouveaux supplices d'innocents ; Que ton œuvre tardive est œuvre expiatoire ;
Qu'il te faut racheter ta part du crime humain, Et que, sinon d'hier, tu réponds de demain Dans la mesure où Dieu t'arma pour la victoire.
A Auguste Dupouy.
Bretagne, ce que j'aime en toi, mon cher pays, Ce n'est pas seulement la grâce avec la force. Le sol âpre et les fleurs douces, la rude écorce Des chênes^et la molle épaisseur des taillis ;
Ni qu'au brusque tournant d'une côte sauvage, S'ouvre un golfe où des pins se mirent dans l'azur. Ou qu'un frais vallon vert, à midi même obscur, Pende au versant d'un mont que le soleil ravage.
Ce n'est pas l'At/lantique et ton ciel tempéré,
Les chemins creux courant sous un talus doré,
Les vergers clos d'épine et qu'empourpre la pomme ;
C'est que, sur ta falaise ou ta grève souvent,
Déjà triste et blessé lorsque j'étais enfant,
J'ai passé tout un jour sans voir paraître un homme.
SUR LA MONTAGNE 2l5