LE LAC NATAL
A Adolphe Ribaux,
Cum sepurpureo vere rcmiltit humus»
Lygdamus.
Le printemps, sous sa pourpre, a réparé la terre ; Il souffle dans Tair frais ses légères chaleurs. Allez vers lui, poète, et des plus jeunes fleurs Faites-nous un bouquet rustique et salutaire.
Envoyez-nous, du fond de votre cher pays Dont la race en travaux pacifiques s'honore, Les couronnes des prés virginales encore. Les rameaux par vous seul respires et cueillis.
Car vous êtes de ceux, rares aux jours de fièvres. Qui ne s^égarent pas dans le vain tourbillon. Qui n'ont pas pris d'abord l'éclair pour le rayon îsi pour la voix du cœur le blasphème des lèvres.
2l8 VESPER
J'en rends grâce à ce Lac harmonieux et doux. Au conseil éloquent de sa mélancolie, A la terre sévère et pourtant embellie, A l'âme des aïeux que je salue en vous !
J'en rends grâce aux leçons de la chrétienne enfance,
A l'exemple certain des vertus du foyer,
A l'amour qui n'aura jamais à dévier,
Rien, dans le droit chemin, ne lui faisant défense.
J'en rends grâce au passé qui forma votre cœur, Et j'en appelle aux jours qui verront votre gloire, Lorsqu'ayant fixé l'or sur le marbre et l'ivoire. Du rebelle idéal vous vous tiendrez vainqueur.
Faites a votre tour le rêve de la vie. Jeune homme qui venez au temps oij je m'en vais î Apprenez si ce rêve est bon, s'il est mauvais, Lequel, naître ou mourir, vaut un regard d'envie.
Nul ne sait ce que garde en ses flancs l'avenir. L'orage ou la clarté qu'il recèle en sa brume ; Si l'astre, qui pour vous à l'orient s'allume. Brûlera les moissons ou se fera bénir.
Mais^ fût-ce un désastreux midi qu'il vous apprête, Yous resteriez encor, sous les cieux les plus lourds. Fidèle au mont natal, autel des premiers jours Où vous mîtes vos dieux plus haut que la tempête.