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LE CHOIX

A Edmond Estèvo.

Comme un drap de vieil or broché de velours noir.

Du côté du couchant le ciel forme, ce soir.

Un fond splendide et morne aux feuilles de la haie.

C*est l'heure de silence où notre âme s'effraie

De la rapidité des jours et des saisons

Et lit sa fin prochaine au deuil des horizons.

Que de soleils, depuis que je rêve en ce monde,

Sont ainsi descendus par leur route profonde

Dans le stérile éclat de leur règne empourpré !

Et j'ignore combien désormais j'en verrai.

Certes la vie est brève, et les sages antiques,

Tout en dissimulant sous des plis poétiques

Les contours odieux de la réalité.

Ont senti mieux que nous et mieux que nous chanté

Qu'il faut, si nous voulons respirer quelques roses. Ne pas attendre une heure après les voir écloses, Et qu'il est éphémère et sans aucun retour. Le délai que la mort concède au jeune amour.

Et je comprends aussi que des âmes très tendres, S'altristant de bonheurs réduits si vite en cendres. Se tournent vers un monde idéal et futur ; Que, prises de vertige, elles trouvent plus sûr De s'abstenir d'un bien que bornent les années, Et se précipitant vers d'autres destinées, Ne veuillent plus qu'un ciel où l'on puisse s'unir Dans la paix d'un amour qui ne doit pas finir.

Mais ce qui fréquemment me rejette en surprise.

Ce contre quoi l'effort de mon rêve se brise,

C'est de voir tant de gens à ce point divertis

De ne choisir aucun de ces deux grands partis,

Ou se hâter de vivre, ou renoncer à vivre,

Eit gaspiller le temps et, comme une troupe ivre,

Se laisser entraîner au hasard du chemin

Sans voir l'âge et la mort qui leur prennent la main ;

Négliger à la fois les choses éternelles

Et l'immédiat attrait des faiblesses charnelles.

Et perdre, aux entretiens frivoles des salons.

Ces jours, pour moi si brefs, qui leur semblent si longs.

SINE SfOMINE 221

Les hommes vanteront toujours le choix d'Hercule ; Plus d'un, pourtant, devant son exemple recule Et comprendrait qu'il eût suivi la Volupté. Mais qu'eussent dit l'Olympe et la postérité Si le héros n'avait de ses deux conductrices Choisi l'une ni l'autre, et, loin des sacrifices Gomme loin des plaisirs, s'il eût, sans but aucun. Sans accepter l'épine ou vouloir le parfum. Mis ses pas dans les pas stupides de la foule Qui devant elle va comme un troupeau s'écoule, Au hasard, sans prévoir ou remords ou regrets, Et se rue à l'abîme avec des yeux distraits ?

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