‹ Poésies complètesChapitre 84 sur 153 · SINE NOMINE · texte numérisé non relu

SINE NOMINE

A Hector Ma lot.

Le jeune lieutenant marche à la mort certaine.

Il a vu, sans pâlir, pâlir son capitaine,

Quand celui-ci, poudreux et blessé : a Nous fuyons ;

Vous, prenez vingt soldats, retournez en arrière.

Et faites-vous tuer dans cette fondrière

Pour couvrir le départ des derniers bataillons. »

Il va du même pas qu'aux matins de revue. Quand les Parisiens le suivaient dans la rue ; Mais, sous le kcpi rouge au mince galon d'or, Il contemple d'un œil plein de graves pensées Les collines d'azur, à l'horizon dressées, Qu'à peine verra-t il quelques heures cncor.

Puis, baissant la paupière au dedans de lui-même. Avec les yeux de l'âme il revoit ce qii*il aime : Sa mère en cheveux blancs que tuera la douleur ; Sa sœur, près d'une amie, à genoux dans l'église, Si jeunes, toutes deux... si chères ! Tout se brise. C'en est fait, et le rêve est tranché dans sa fleur.

Va ! ta part sur la terre est toute dépensée.

Porte jeunesse, amour, force, avenir, pensée,

Où le devoir le veut, en pâture au canon.

De rien de consolant ta vertu n'est ternie :

Car nul n'assistera ta sanglante agonie,

Et ceux pour qui tu meurs ne sauront pas Ion nom.

EX OSSIBUS VELTOR 225>

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