SAGESSE, AMOUR
A Léopold Sudre.
Albi, ne doleas...
lîoUACE.
Si j'avais le discret badinage d'Horace, J'essaierais par mes vers de ranimer ta foi. Jeune homme qu'un amour invincible terrasse... Albius, il est vrai, fut moins triste que toi.
Puis-je, contre les dieux, embrasser ta querelle
Et te plaindre en mon cœur, quand, de ton propre aveu,
Ta Gypassis, longtemps à tout désir rebelle.
Hier enfin fléchit sous tes baisers de feu ?
Tu n'as jamais été si près de la victoire, Et lorsque vers le seuil elle s'enfuit d'un bond. C'est toi qui me l'as dit, sa chevelure noire Echappait presque entière aux dents du peigne blond.
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Et sa joue empourprée et ses lèvres tremblantes, Et ses seins soulevés qu'avait pressés ta main, Trouble révélateur, traces encor brûlantes, Quels présages veux-tu d'un plus doux lendemain ?
C'est en de tels moments que ton cœur désespère ! Tu n'imagines plus d'asile qu'en la mort... Sans voir, autour de toi, que toute heure prospère Ne s'achète qu'au prix de bien des mois d'effort.
Encor sont-ils heureux ceux qui cueillent la rose Dont la splendeur est due à leur soigneuse main : Combien d'autres ont vu la chère fleur éclose S'épanouir un jour dans les doigts du voisin !
— Crois-tu vraiment qu'Horace ait consolé TibuUe, Ami sage, censeur des tristesses d'autrui? Le jour que m'annonçaient tes vers ne m'a pas lui ; Son soleil ironique à l'horizon recule.
Qu'un plus fier soit épris d'une splendide fleur ! Moi je me contentais de l'humble primevère. Mais je suis né, vois- tu, sous un astre sévère : Je n'aurai de l'amour connu que la douleur.