‹ Poésies complètes (volume 2)Chapitre 58 sur 76 · SUR LES COTES I ÇO · texte numérisé non relu

SUR LES COTES I ÇO

Tel chaque effort perdu d'une âme soulevée En caresse lointaine expire vainement, Et son parfum amer près d'un cœur inclément Se dissémine encor dans l'air de l'arrivée.

Vous aimez, dites-vous, la mer; écoutez-la Mugir ou soupirer, sauvage ou rendormie, Comme une âme jalouse ou comme une âme amie Palpitant du secret qui jadis la gonfla.

Hurlement ou sanglot, clameur, plainte ou murmure, Écoutez-la pousser comme un appel toujours; Telle une âme trop pleine aux chocs stridents ou sourds Contre un cœur insensible ou bardé d'une armure.

Regardez au soleil onduler les flots verts ! Dans la nuit écoutez la mer, la sœur sublime D'une âme qui se heurte aux confins d'un abîme ! Entendez-la gronder ou chanter dans ces vers !

Que la strophe vers vous parte comme la houle. S'élève, en charriant les miroirs du passé, Et sur tous les récifs de votre oubli dressé, Comme un embrassement infini se déroule !

Que chacun de ces vers s'en aille tour à tour, Comme le flot d'une âme ou de la mer montante, Briser sa rime sourde ou sa rime éclatante Contre un cœur sans mémoire ou fermé pour l'amour 1

l6o LES AMANTS

Vous aimez, dites-vous, la mer, et les spectacles De son angoisse auguste ivre d'autres échos ; N'y revoyez-vous pas les tumultes égaux D'une âme débordant sur de pareils obstacles?

Mais non ! Qu'importe au cœur, qui s'est un jour durci, Le fracas de la mer sur les remparts des côtes? Qu'importe le retour des lames les plus hautes Au cœur indifférent comme le sable aussi ?

A UNE AMIE l6l

qA UffiÇE viéMIE

Je pense à vous, charmante femme, A vous qui, triste, allez gaiement, Sans espoir, ayant fait serment D'être l'éclat que rien n'entame.

Je pense à vous, aux sourds combats D'un cœur loyal contre le monde!

Ah! les fiertés, qui donc les sonde?

Qui voit leurs larmes ici-bas?

Pâle songeuse aux lèvres roses, Sans refléter nos passions, Vous jetez sur les fronts moroses, Flamme invisible, vos rayons.

Je pense à vous, charmante amie, Rare joyau, qui renfermez Mille brasiers tous consumés Loin des souffles de l'infamie !

l62 LES AMANTS

Vous qui brûlez secrètement Sous une gloire d'étincelles, Allez, ô sage entre les belles, Lave durcie en diamant!

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