‹ Poésies complètes (volume 2)Chapitre 68 sur 76 · LA FEMME DU CHEF · texte numérisé non relu

LA FEMME DU CHEF

J'irai ! vers les vivants je tournerai ton front,

O chef! partout sans clameurs vaines!

Mes veux feront bouillir un sang chaud dans les veines! Je montrerai ta face, et tous, ils me suivront!

J'embaumerai ta tête illustre et vénérée!

— Qu'il se lamente, lui, le barde aux cheveux blancs!

Criant: « Debout! » par la contrée J'irai ! j'enflammerai les débris des vieux clans !

Des villages marins aux huttes sous les chênes J'irai ! Des plus tremblants je ferai des héros ! Kendélann ! Des fuyards je ferai des taureaux

Qui beuglent en brisant leurs chaînes !

J'en ferai des tigres sans peur, Féroces, je le jure, ami, tu peux m'en croire, Derrière moi lancés aux pistes du vainqueur, Ta tête pour drapeau sur cette pique noire !

Je lèverai l'armée au cœur dur, sans retard!

J'irai du val à la montagne!

Et comme un tremblement du vieux sol de Bretagne Nous passerons demain, moi portant l'étendard !

IÇO LES AMANTS

Dans la rue où je vais d'ordinaire cherchant Un imprévu qui brille aux portes d'un marchand, Ce matin, un tableau, l'honneur de sa vitrine, Etincelait du sceau qui de loin se devine. Précieuse rencontre ! Intime émotion Déjà depuis longtemps connue ! Attraction Qu'en chemin tant de fois j'ai sentie et suivie, Et qui sur le trottoir me clouant, me convie A quelque incomparable et long recueillement ! Enlevé tout à coup délicieusement Hors des réalités odieuses et vaines, Arraché par un charme à la lourdeur des peines, Comme loin des laideurs d'alentour, des devoirs Fastidieux par qui nos ennuis sont plus noirs, Libre un moment des fils que tend la destinée, Je reste là, prunelle ouverte et fascinée,

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