‹ Poésies complètes (volume 2)Chapitre 69 sur 76 · LA FEMME DU CHEF · texte numérisé non relu

LA FEMME DU CHEF

Et tout entier me sens envahir, ennobli

Par la sérénité faite de tant d'oubli.

Et je m'éloigne en vain; la vision magique

Demeure en mon cerveau comme une image unique;

A travers les labeurs-journaliers je la vois;

Au fond de ma mémoire elle évoque parfois

Les cadres familiers du- vieux maître que j'aime,

D'autres sans doute encore ignorés de moi-même,

Si bien que toute l'œuvre illustre où je me plais

Me semble pendre aux murs d'un triomphal palais.

L'ineffable spectacle, et l'ivresse muette !

Alors, tout à mon gré, j'erre dans une fête

Quêta présence vient illuminer, ô toi

Dont la forme impalpable est toujours près de moi !

Avec toi bénissant chaque métamorphose,

Sans fin je me promène et. sans fin me repose

Parmi les oasis d'un monde nouveau-né,

Dans son aurore pure et naïve baigné

De rosée au reflet virginal; sa fraîcheur

Vers le sol par endroits condensée en blancheur

Filtre en nous, te consacre et moi me purifie.

Oh ! tous les deux sourire en admirant la vie

Dans le sourire clair des primitifs printemps !

Nous repaître les veux sans cesse en même temps

De la suavité d'innocents paysages,

Par un art clairvoyant surpris dans leurs mirages !

Ensemble ainsi marcher et rajeunir en vous,

Jeunesse arborescente aux lacs discrets et doux,

Aux prés élyséens, aux couples idylliques,

Aux apparitions des soirs mélancoliques !

Toujours une harmonie adorable nous suit,

Nous enveloppe ou nous absorbe ou nous conduit.

Une âme saisissable et fidèle et candide

Toujours ondule autour d'un branchage fluide,

Toujours palpite au loin sur de vagues coteaux,

Toujours tremble au-dessous de transparentes eaux,

Oh ! lui laisser ravir nos deux âmes unies

En souffles confondus dans mille symphonies !

Et nous, dans la tendresse universelle, au sein

De la grâce idéale et du fuyant dessin

Des choses, nous sentir confusément renaître,

Ou nous évaporer l'un et l'autre peut-être

Au fond d'un crépuscule antique, en ces moments

Où la terre et le ciel sont pleins d'enchantements.

Ici le poids des jours alourdit l'atmosphère. Cher fantôme toujours présent, toi qui sais faire De ma vie un seul rêve, approche-toi ! Je veux,

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