LA FEMME DU CHEF
Et tout entier me sens envahir, ennobli
Par la sérénité faite de tant d'oubli.
Et je m'éloigne en vain; la vision magique
Demeure en mon cerveau comme une image unique;
A travers les labeurs-journaliers je la vois;
Au fond de ma mémoire elle évoque parfois
Les cadres familiers du- vieux maître que j'aime,
D'autres sans doute encore ignorés de moi-même,
Si bien que toute l'œuvre illustre où je me plais
Me semble pendre aux murs d'un triomphal palais.
L'ineffable spectacle, et l'ivresse muette !
Alors, tout à mon gré, j'erre dans une fête
Quêta présence vient illuminer, ô toi
Dont la forme impalpable est toujours près de moi !
Avec toi bénissant chaque métamorphose,
Sans fin je me promène et. sans fin me repose
Parmi les oasis d'un monde nouveau-né,
Dans son aurore pure et naïve baigné
De rosée au reflet virginal; sa fraîcheur
Vers le sol par endroits condensée en blancheur
Filtre en nous, te consacre et moi me purifie.
Oh ! tous les deux sourire en admirant la vie
Dans le sourire clair des primitifs printemps !
Nous repaître les veux sans cesse en même temps
De la suavité d'innocents paysages,
Par un art clairvoyant surpris dans leurs mirages !
Ensemble ainsi marcher et rajeunir en vous,
Jeunesse arborescente aux lacs discrets et doux,
Aux prés élyséens, aux couples idylliques,
Aux apparitions des soirs mélancoliques !
Toujours une harmonie adorable nous suit,
Nous enveloppe ou nous absorbe ou nous conduit.
Une âme saisissable et fidèle et candide
Toujours ondule autour d'un branchage fluide,
Toujours palpite au loin sur de vagues coteaux,
Toujours tremble au-dessous de transparentes eaux,
Oh ! lui laisser ravir nos deux âmes unies
En souffles confondus dans mille symphonies !
Et nous, dans la tendresse universelle, au sein
De la grâce idéale et du fuyant dessin
Des choses, nous sentir confusément renaître,
Ou nous évaporer l'un et l'autre peut-être
Au fond d'un crépuscule antique, en ces moments
Où la terre et le ciel sont pleins d'enchantements.
Ici le poids des jours alourdit l'atmosphère. Cher fantôme toujours présent, toi qui sais faire De ma vie un seul rêve, approche-toi ! Je veux,