L ÉPREUVE I
« Léguant l'arrêt divin à leur postérité,
Tous ont gémi, les forts, les lâches, les victimes.
Nul n'a vécu plus pâle et plus épouvanté,
« Que ce puissant, par moi sorti des noirs abîmes Pour être sur la terre, et plus qu'eux, revêtu Du glacial frisson pris à toutes les cimes !
« Le plus affreux supplice est l'extrême vertu.
Son grand sanglot déborde, et monte dans les âges
Vers Celui qui toujours dans son ombre s'est tu.
« Écoute ce qu'il dit, le sage entre les sages : « Tout n'est que vanité, cendre, fumée ou vent ! « Et rien ne sert, travaux, fortune, apprentissages !
« Tout passe et meurt, le fou, l'inepte et le savant ! « Il n'est rien de nouveau ; tout vient par aventure ! « L'état d'un mort vaut mieux que l'état d'un vivant !
« Toutes sortes de maux rongent la créature, « Et de tous la pensée est le pire tourment; « Et l'amour est amer plus que la sépulture ! »
« Voilà ton œuvre ! Il est risible assurément
De te voir pour cela convoquer tes phalanges
A t'appeler Très-Haut, Très-Fort et Très-Clément !
« Dis-leur donc devant moi de chanter tes louanges! » — Mais celui dont le trône est au fond des sept cieux, Ne répondit plus rien au corrupteur des anges;
L'Invisible resta là-haut silencieux!