LA RÉVÉLATION DE JUBAL I
Par ton stupide essai ma défaite est vengée, Puisqu'il s'anéantit, le travail de six jours; Avec ses dieux, avec ses palais, ses amours, Puisque la race humaine est maintenant plongée Sous ta propre fureur, sans possibles abris, Moi debout, je contemple, et consolé, je ris. Tu te repens; et moi, je ris ! et l'ombre noire Où je pousse du pied tes splendeurs d'un moment, Retentira toujours sous ton ciel dérisoire Du formidable éclat de mon ricanement ! » — L'ange avait écouté dans les plis du nuage ; Une pitié candide altéra son visage ; Mais au loin, de son doigt d'où jaillit un rayon, Lui désignant un point comme une tour en marche « Regarde! lui dit-il, et vois à l'horizon L'avenir reconquis s'avancer dans cette arche ! »
— Vers cette arche Satan rugit. Et dans sa voix Tout un tonnerre alors de hautaine pensée,
De défis impuissants, de rancune amassée,
S'échappa de son sein prophétique, à la fois.
« Puisque tu te repens aussi de ta justice,
Et qu'un monde nouveau, pour qu'il croisse et grandisse,
Émerge, arsenal plein des formes du péché ;
Puisque tu redeviens, destructeur de ton œuvre,
Sur ton œuvre déjà l'artisan repenché,
Et qu'un plus vaste essaim, promis à la couleuvre
Du mal indestructible, est dans ce creux berceau !
Puisque tout va renaître avec le vermisseau
Que l'aïeul a marqué par sa première tache ;
C'est bien ! je recommence un combat sans merci,
Et mon ardeur redouble et partout se rattache,
Puisque tout va revivre et blasphémer ici !
« Ici tout va revivre et blasphémer encore ! Moi, l'esprit prescient, l'archange inassouvi, Qui ne puis ni ne veux aimer, je suis ravi, Maître, par l'avenir de la nouvelle aurore. Bien autrement vengé, je retourne à l'enfer! Le mal industrieux, par la flamme et le fer, Par l'envie, et par l'or, et par l'amour qui brûle. Dans un bourbier plus grand demain rejettera Tous les peuples éclos de cet œuf ridicule.