‹ Poésies complètesChapitre 111 sur 160 · FRAGMEINTS DE LA TEMPÊTE · texte numérisé non relu

FRAGMEINTS DE LA TEMPÊTE

Mir.VNDA,

Je suis indigne encore D'un bonlieur aussi grand; hélas! je vaux si peu, Que je n'ose accepter ce qu'a préparé Dieu, L'union de nos cœurs; et pourtant, de tristesse Je mourrais , s'il fallait perdre votre tendresse. Pourquoi cacher mon trouble? il augmente et grandit; L'innocence m'entraîne et l'amour m'enhardit. Si vous voulez de moi, je serai votre femme, Sinon je mourrai vierge en vous gardant mon âme; Si vous me refusez pour compagne, oh! toujours Je serai l'humble esclave attachée à vos jours.

FERDINAND

Et moi , ma souveraine , et moi , ma bien-aimée , Heureux de vous servir, et l'âme consumée, Je vivrai près de vous.

MIP.ANDA.

Vous serez donc à moi ?

Vous serez mon époux ?

FERDINAND

Oui , d'un cœur plein de foi , D'un cœur aussi joyeux qu'en voyant sa patrie Avec la liberté l'esclave se marie :

Voilà ma main.

MIRANDA

Voilà la mienne avec mon conir.

Et maintenant adieu pour une heure...

FERDINAM).

O donleui!

Quand vous n'êtes pas là je suis sombre , indocile •. Une heure, dites-vous! Je vais en compter mille!

pRosPERO , seul.

Habitants des ruisseaux, des rochers, de l'espace Vous dont le pied h'ger ne laisse pas de trace

208 PENSEROSA.

Lorsque vous poursuivez, sur le sal)le mouvant,

Neptune dont le flot recule en s' élevant ;

Vous qui vous enfuyez lorsque ardent et sauvage

11 revient à son tour vous poursuivre au rivage;

Vous qu'au clair de la lune ou voit danser en ronds

Sur l'herbe où vers minuit poussent les mousserons;

Vous qui vous échappez des flammes étouffées

Au son du couvre-feu, lutins, esprits et fées,

J'ai pu, faible mortel, par votre art enhardi,

Voiler dans sa splendeur le soleil du midi.

Soulever l'aquilon, évoquer la tourmente,

Et lancer jusqu'au ciel une mer écumante ;

J'ai, disputant la foudre aux mains de Jupiter,

Fait tomber le tonnerre en sillonnant l'éther.

Par moi le promontoire, ébranlé sur la rive,

A tremblé bruyamment sur sa base massive,

Et le cèdre et le pin, par mes bras arrachés,

En tronf-ons sur le sol sont demeurés couchés;

Par mon ordre les morts, endormis dans leur bière ,

Ont de leur froid linceul secoué la poussière ,

Leurs tombeaux entr'ouverts les ont laissés s'enfuir;

J'ai, tout pu : c'est assez, mon règne va finir.

J'ai montré de mon art la puissante énergie.

Mais j'abjure aujourd'hui ma sauvage magie.

A vous, esprits légers, je ne demande rien

Que de célestes chants, prodige aérien.

Qui jettent dans leurs cœurs, touchés par l'harmonie,

Les remords du passé; puis ma tâche est finie,

Je brise ma baguette, et je l'ensevelis

Dans le fond de la terre; et ce livre, où je lis

Les secrets de mon art, je le noîrai sous l'onde

Plus avant que jamais n'a pénétré la sonde.

Paris, 1830

SOISNEÏ. 209

Page 1