DE NAPOLÉON
Non, jamais, ni la Rome antique,
>'i Babylone la biblique.
Ces villes de l'éternité ,
Pour ïrajan ou pour Alexandre
N'ont fait ce qu'a fait pour ta cendre
Paris , l'héroïque cité !
Dès l'aube de cette journée.
Que la France à ta destinée
LES FUiNÉRAlLLES DE NAPOLÉO>»\ 243
Devait en expiation , La foule allait immense et îière , Comme si vers toi tout entière Avait marché la nation !
Et toujours cette mer vivante Grossissait compacte et mouvante, Se déroulait avec orgueil, Couvrant la ville et la campagne Où le moderne Charlemagne Allait passer dans son cercueil.
Sur les collines , sur les arbres , Sur les toits, les dômes, les marbres, Dominant toutes les hauteurs.
Partout les masses remuées Répandaient comme des nuées D'enthousiastes spectateurs !
Émus d'une sublime joie,
Sur cette triomphale voie
Se groupaient de fiers vétérans ;
Ils racontaient nos grandes guerres
Aux fils conduisant leurs vieux pères.
Aux mères portant leurs enfants.
« Nous aurons aussi nos victoires:
)' Son corps, relique de nos gloires, » Nous protégera maintenant !... »
Disaient leurs jeunes frères d'armes ; Et leurs yeux se mouillaient de larmes, Et leur front était rayonnant !
Sous le ciel nébuleux qui lui servait de tente La foule demeurait dans une grande attente : Soudain , rendant l'éclat à ses rayons pâlis , Le soleil apparut tel qu'au jour d'Austerlitz,
246 MKZZA VIT A.
Et sur Tare triomphal que l'hiver sombre voile Son orbe resplendit comme une immense étoile ; Le canon, répondant à ce salut du ciel, Fit retentir les airs de son bruit solennel ; Et ce double signal, la foudre et la lumière, Nous annonça le char entrant dans la carrière !
Alors un peuple entier, n'ayant plus qu'un seul cœur, Cria : « Vive la France ! et vive l'empereur ! »
Il rentre dans sa capitale, Et sous sa pompe triomphale On dirait qu'il respire encor.
Seize coursiers nés pour la guerre Traînent ce grand char funéraire Que couronnent des aigles d'or.
Sur sa bière, de deuil drapée, Repose la puissante épée Dont l'Europe a senti le poids, Et la couronne impériale Dans sa majesté sépulcrale Est placée au pied de la croix.
Autour du cortège, l'armée.
Comme une ceinture enflammée.
Déroule ses fiers bataillons ; Sabres nus, casques et cuirasses, Sur les fronts découverts des masses Jettent d'électriques rayons !
Suivi de son immense escorte.
Le char passe sous cette porte Où tous nos héros ont leur nom.
On croit voir leur troupe guerrière Sortir de son sommeil de pierre Pour recevoir Napoléon.
Puis , descendant 'cette avenue Oii l'Obélisque au loin salue