LES FUNÉRAILLES DE NAPOLÉON
De l'Egypte le conquérant, Le cortège poursuit sa route Jusques à l'immortelle voûte Faite pour un hôte aussi grand.
Comme il vit au jour de sa gloire Les rois soumis jîar la victoire Le suivre à sou couronnement, Il voit debout sur son passage Les héros français d'un autre âge S'incliner vers son monument !
Mais ces marbres muets, couverts du diadème,
Abaissant devant lui leur majesté suprême,
Ces attributs guerriers au soleil flamboyant ,
Ces masses de drapeaux dans l'air se déployant ,
Ces faisceaux de fusils, de lances et de sabres
Confondant leurs éclairs au feu des candélabres,
Cette arène romaine aux gradins spacieux
Qui borne l'horizon et monte jusqu'aux cieux ,
Ce déploiement de force et de magnificence
Qui de notre patrie atteste la puissance ,
Oh ! tout cela n'est rien pour le héros martyr
Auprès des nobles cris qu'il entend retentir.
Des pleurs qu'il voit couler, du culte qu'il inspire ,
Patriotique joie , héroïque délire,
De tout ce qu'il reçoit de respect et d'amour
De ce peuple éperdu qui fête son retour.
Qui croit le voir vivant, le salue et le nomme.
Comme si devant lui se levait le grand homme ,
Comme si , secouant son suaire éternel ,
Le dieu ressuscité marchait vers son autel !
Ah ! c'est que tous les cœurs que sa mémoire enflamme
Au-dessus du cercueil sentent planer son âme ;
Ce cadavre rongé par le ver du tombeau ,
C'est Bonaparte encor debout , puissant et beau !
Nul écho du néant , nulle funèbre image ,
De notre enivrement ne peut troubler l'iiommage.
Il revient , c'est assez , ses cendres sont à nous ;
Son esprit les ranime et nous relève tous !
Il revient sur les bords qu'il aime ; Vous nous l'avez rendu, Soigneur, Comme un enseignement suprême ' De l'héroïsme et de l'honneur !
Il revient, et ses funérailles.
Où tonnent canons et tocsin , Réveillent l'esprit des batailles Que la France porte en son sein.
11 revient, et sa voix nous crie : Soyez unis dans le danger ; ]N'ayez qu'un amour, la Patrie !
Kt qu'une haine : l'Étranger !
Parmi nous, du fond de son temple , 11 sera, le grand empereur.
De nos rois l'inflexible exemple, De nos ennemis la terreur !
Le peuple l'a sacré ! la nuit a clos la fête ! Laissons-le reposer : sa destinée est faite !
Calme, sévère, armé, Il dort ; mais dans un songe il sent sa délivrance ;
Il dort sur le sein de la France,
Selon le vœu qu'il a formé !
Il dort, notre grand capitaine,
11 dort sur les bords de la Seine;
11 n'est plus, comme a Sainte-Hélène,
Foulé par les pas de l'Anglais î
Il peut encor, de sa coupole,
Contempler sa guerrière école
Et voir les murs de son palais !