‹ Poésies complètesChapitre 128 sur 160 · L'OMBRE DE NAPOLÉON. ÎC · texte numérisé non relu

L'OMBRE DE NAPOLÉON. ÎC

Et déifier mon cercueil?

C'est mon esprit qu'il faut comprendre; France, pour honorer ma cendre, Il faut retrouver ton orgueil.

Il faut ressaisir cette épée Qui de ta main s'est échappée , Mais dont le monde se souvient!

Comme jadis dans nos batailles , O France! il faut que tu tressailles Lorsque mon ombre te revient.

Mais, au lieu du bruit des armures, Je n'entends que de vains murmures , Et tes rhéteurs me font rougir!

Désormais l'honneur, dans leur langue, N'est plus qu'une froide harangue, Ils parlent quand il faut agir !

Lorsque tu te sens offensée.

Ils mesurent à leur pensée Quel est le degré de l'affront; Quand ta gloire se couvre d'ombre , Timides, ils comptent le nombre De ceux qui nous attaqueront !

Où sont-ils ces jours héroïques

Où comme des guerriers antiques

Se centuplaient tes combattants?

Où sont mes grands jours de l'empire?...

Est-il vrai que ton ère expire

Et que tout peuple n'ait qu'un temps?

Ah I si ta puissance s'efface , Si tes enfants voilent leur face Pour ne pas voir ton front plier, Si tu n'es que faible et légère , France, sur la plage étrangère 11 fallait toujours m'oublier!,..

270 MEZZA YITA.

Il fallait me laisser mon rù\e...

Quand, la nuit, debout sur la grève.

Exilé, je pensais à toi:

Sous ton bras courbant l'Angleterre ,

Libératrice de la terre ,

Je te voyais venir à moi.

Ce n'était point par la prière Que tu redemandais ma bière Au peuple qui fut mon geôlier :

C'était triompbante , honorée , Et ma tombe, ainsi délivrée, Aurait été ton bouclier.

Mais , aujourd'hui , mes funérailles N'agiteront pas tes entrailles Du frémissement de l'honneur; Ce n'est qu'une stérile fête Pour ta vanité satisfaite Et qui n'éveille pas ton cœur!

Qu'ai-je dit!... Ce doute t'offense; Non ! la gloire c'est ta croyance , Et ta foi ne doit pas mourir; Électrisés par ma parole, Les (ils des vétérans d'Arcole Sous mes drapeaux vont accourir.

Autour de mon spectre qui passe Ils se lèvent, et sur la trace Que firent mes pas triomphants Retrouvant sa route hardie, De nouveau la France agrandie Devient l'orgueil de ses enfants.

En conquérante magnanime Elle marche, et sa voiv ranime

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Les peuples qui doiveut s'unir, Et, par ses triomphes aidée, Elle va répandant l'idée Qui porte en germe l'avenii'.

Non , mon àme en souffrant ne s'est pas desséchée , Tous les sentiments vrais la pénètrent encor ; Votre amour fraternel tristement m'a touchée , Et j'en conserverai l'ineffable trésor.

Il s'unit dans mon cœur à ces tendresses pures Qui ne s'altèrent pas et ne meurent jamais ; Amours consolateurs qui calment les blessures Que me font chaque jour d'autres cœurs que j'aimais.

Ah ! ne craignez jamais le dédain , le sarcasme ; D'une sainte amitié je comprends la douceur ; Si je ne puis aimer avec enthousiasme, Je puis aimer encore ainsi qu'aime une sœur.

De votre douce vie écartez tout orage ; A l'étude, à la muse abandonnez vos jours ; Lorsque vous souffrirez, je vous crîrai : Courage î Lorsque vous chanterez, j'écouterai toujonis.

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