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A CELLE QUI M'A SOIGNEE ENFANT

Oli ! oui , tu dus pleurer, foi dont l'àme est si bonne ,

Lorsque, dans ce ciiàteau que le deuil environne,

Des doux bruits d'autrefois tu n'entendis plus rien,

Ni les cris des enfants, ni la voix du vieux cbien ;

Ob ! oui, tu dus pleurer quand , dans les sombres salles,

Ton regard vit passer les deux fantômes pâles

De tes vieux maîtres morts disant , les yeux baissés :

« Où sont les six enfants que nous avons laissés ? »

Et quand, des jours présents si remplis de tristesse.

Tu revins aux tableaux que le passé nous laisse ,

Aux souvenirs riants qui se mêlent au deuil,

Ainsi qu'on voit les fleurs aux pierres d'un cercueil ,

Tu dis penser encor à ta jeunesse beureuse,

Quand tu vins au cbàteau, villageoise rieuse,

T'offrir pour prendre soin de l'enfant dernier né

Qu'à son beureux époux ma mère avait donné.

Ob ! comme tout riait alors dans la demeure

Si déserte, si triste et si sombre à cette heure î

Comme tout prospérait pour ces époux bénis

Qui voyaient autour d'eux six enfants réunis !

O doux temps où, le soir, au banquet de famille

J'assistais sur ton sein toute petite fille ,

Où le frère et la sœur tour à tour m'arracbaient

A tes bras, et, vers moi, souriant se pencbaient !

O doux temps où, cédant à l'amour d'une mère.

Nos cœurs se pardonnaient une parole amère.

Où la baine d'un jour était sans lendemain ,

Où nous marcbions unis dans le même cbemin !

O doux passé détruit où mon âme se plonge !

Hélas ! tu n'es donc plus que l'image d'un songe !

Où sont-ils, où sont-ils, tous ces êtres cbéris ?

Ils ont long-temps souffert , puis la mort les a pris ;

Deux tils dans le cercueil ont suivi leur vieux père ;

Moi, j'aspire à la tombe où repose ma mère ;

Les autres,... de leur cœur Dieu seul a vu le fond.

Je souffre et je les plains pour le mal qu'ils me font ;

Insensés ! au fardeau de la misère humaine ,

Pour le rendre plus lourd, ils ajoutent la baine.

Et vainement pour eux le deuil succède au deuil :

Rien ne touche leur cœur plein d'un stérile orgueil !...

Tu le vois , ces seuls mots de ta lettre fidèle Ont rouvert dans mon âme une plaie éternelle ; Car ce château désert que tu m'as rappelé, C'est le bonheur perdu pour l'enfant exilé. Mais dans ces lieux si chers, hélas ! qu'irais-je faire ? Ceux qui les habitaient sont dans une autre sphère ; Tous les cœurs qu'ici-bas j'avais le plus aimés Sont glacés par la mort ou bien me sont fermés. Si j'allais demander au vallon de Servannes, Comme l'Américain demande à ses savanes, Un air tiède, un ciel pur, un soleil éclatant. Et la fraîcheur des eaux pour mon front haletant ; Si , recueillant mon âme avant que je succombe , Je voulais de ma mère aller revoir la tombe, Ceux qui gardent la haine en face du cercueil Du château paternel m'interdiraient le seuil ; Dans cette vaste cour, que le grand orme abrite , On me verrait errer comme une ombre maudite ; Et moi , moi de ma mère et l'orgueil et l'espoir. Au foyer des aïeux je ne pourrais m'asseoir !...

Mais je t'entends me dire , avec ta voix de mère :

« A défaut du château n'as-tu pas la chaumière ?

N'as-tu pas notre toit, humble asile où, du moins,

Chacun t'entourera de tendresse et de soins ?

Oh! viens! viens parmi nous, puisqu'ils t'ont méconnue;

Nos cœurs simples et bons fêteront ta venue ;

Le respect et l'amour à ta mère accordés

Comme un doux héritage ici te sont gardés;

Viens, le village entier n'est-il pas ta famille?

Ne t'ai-je pas bercée en t'appelant ma fUle ?

Lorsque pour toi je prie, en m'adressant au ciel.

Ce nom échappe encor à mon cœur maternel.

Oh ! viens le recevoir dans ma pauvre demeure ;

II faut que je te voie avant que je ne meure ;

Si la tombe et la haine ont brisé tes liens.

Mon cœur te reste encore ; il te rappelle : oh ! ^ iejis ! »

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