‹ Poésies complètesChapitre 146 sur 160 · A MA VILLE NATALE · texte numérisé non relu

A MA VILLE NATALE

Sur les bancs studieux de la salle tranquille

Où ce livre aujourd'hui va trouver un asile ,

Lorsque au bras de ma mère, enfant, j'allais m'asseoir,

Mon cœur battait déjà d'un poétique espoir :

Tous ces écrits fameux , immortel héritage ,

Que le génie humain nous lègue d'âge en ûge ,

A la gloire semblaient me convier aussi.

Je me disais : Un jour j'aurai ma place ici !

Mon âme qui fermente, ignorée, inquiète,

Un jour éclatera dans des chants de poète,

Et, dans ces mômes lieux où je rêve à l'écart,

Des succès que j'envie alors j'aurai ma part !

L'illusion est sainte et sied à la jeunesse ;

Hélas ! que serions-nous sans cette enchanteresse ?

Si sa voix en naissant ne nous soutenait pas ,

Nous irions dans les pleurs de la vie au trépas.

Des plus nobles instincts que Dieu met dans notre âme

L'illusion allume et fait grandir la flamme ;

L'humanité lui doit ses élans généreux ,

Et le cœur qui la perd a cessé d'être heureux !

Jeune , l'esprit frappé par le néant des choses , J'ai senti succéder , tristes métamorphoses I

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