A MA VILLE NATALE
Sur les bancs studieux de la salle tranquille
Où ce livre aujourd'hui va trouver un asile ,
Lorsque au bras de ma mère, enfant, j'allais m'asseoir,
Mon cœur battait déjà d'un poétique espoir :
Tous ces écrits fameux , immortel héritage ,
Que le génie humain nous lègue d'âge en ûge ,
A la gloire semblaient me convier aussi.
Je me disais : Un jour j'aurai ma place ici !
Mon âme qui fermente, ignorée, inquiète,
Un jour éclatera dans des chants de poète,
Et, dans ces mômes lieux où je rêve à l'écart,
Des succès que j'envie alors j'aurai ma part !
L'illusion est sainte et sied à la jeunesse ;
Hélas ! que serions-nous sans cette enchanteresse ?
Si sa voix en naissant ne nous soutenait pas ,
Nous irions dans les pleurs de la vie au trépas.
Des plus nobles instincts que Dieu met dans notre âme
L'illusion allume et fait grandir la flamme ;
L'humanité lui doit ses élans généreux ,
Et le cœur qui la perd a cessé d'être heureux !
Jeune , l'esprit frappé par le néant des choses , J'ai senti succéder , tristes métamorphoses I